Chaque année, des oiseaux venus d’Europe rejoignent les savanes, les forêts et les zones humides africaines pour passer l’hiver. Ces territoires sont essentiels à leur survie, mais la dégradation des habitats et les activités humaines fragilisent ce refuge. Le Togo figure parmi les pays où leurs déplacements sont documentés.
Lorsque la nourriture devient moins accessible en Europe, de nombreuses espèces d’oiseaux prennent la direction de l’Afrique. Ce déplacement saisonnier leur permet de retrouver des conditions favorables pendant les mois d’hiver. Les territoires africains constituent ainsi une composante indispensable de leur cycle de vie : protéger les populations européennes suppose également de préserver les milieux où elles séjournent au sud.
Cependant, après un voyage de plusieurs milliers de kilomètres, les migrateurs restent exposés à des dangers. Captures, empoisonnements, infrastructures électriques et disparition des habitats peuvent compromettre les bénéfices de cette migration. Plusieurs recherches éclairent ces pressions, particulièrement en Afrique de l’Ouest.
Des migrations qui relient l’Europe à l’Afrique de l’Ouest
Une étude publiée en mars 2026 dans Environmental and Experimental Biology analyse 257 signalements de rapaces bagués en Europe puis retrouvés au Ghana, au Togo et au Bénin. Elle concerne le balbuzard pêcheur, le milan noir, la bondrée apivore, le busard des roseaux et le faucon crécerelle. Près de deux tiers des individus documentés avaient été bagués en Finlande ou en Suède, une proportion influencée aussi par l’importance du suivi dans ces pays.
Le Togo apparaît dans les archives utilisées : celles-ci recensent 165 reprises d’oiseaux portant des bagues étrangères, toutes espèces confondues. Les données togolaises et béninoises remontent jusqu’à septembre 2016. Elles attestent des connexions migratoires, sans constituer un recensement actuel ni un bilan de mortalité. Pour les rapaces analysés, les causes de décès n’étaient pas disponibles. Ces archives permettent donc surtout de relier les territoires de reproduction aux régions africaines fréquentées.
Un refuge confronté à des dangers humains
Une autre recherche, publiée en 2024 dans Biological Conservation, examine les causes de décès. Les scientifiques ont réuni 1 704 événements de mortalité concernant 45 espèces de grands oiseaux suivis entre 2003 et 2021 sur les voies migratoires reliant l’Afrique à l’Eurasie. Rapaces, cigognes et grues figurent dans cet ensemble.
Dans les données africaines étudiées, les décès attribués aux activités humaines étaient 2,4 fois plus fréquents que ceux attribués à des causes naturelles. Ce rapport compare les causes de décès sur le continent ; il ne mesure pas un risque de mourir 2,4 fois supérieur à celui observé en Europe. Les mises à mort illégales représentaient près de la moitié des décès d’origine humaine identifiés en Afrique.
À l’échelle de l’ensemble des territoires étudiés, les infrastructures énergétiques concentraient 49 % des décès liés aux activités humaines dont la cause était connue. Électrocutions et collisions contre les lignes électriques ou les éoliennes soulignent l’intérêt d’intégrer les déplacements des oiseaux à la conception des équipements. L’accès à l’énergie et la protection des migrateurs doivent ainsi être pensés ensemble.
Préserver les habitats tout au long du parcours
Les pressions concernent également les rapaces africains résidents. Une étude publiée en janvier 2024 dans Nature Ecology & Evolution a examiné 42 espèces dans plusieurs régions du continent. Parmi elles, 88 % avaient décliné sur des périodes d’environ vingt à quarante ans. Les baisses étaient particulièrement fortes en Afrique de l’Ouest et plus de deux fois plus sévères hors des aires protégées qu’à l’intérieur.
La conversion des milieux naturels en terres agricoles, la raréfaction des proies et les persécutions figurent parmi les menaces identifiées. Les espaces protégés jouent donc un rôle essentiel, mais leur efficacité dépend aussi des moyens consacrés à leur gestion et à la limitation des activités illégales.
Pour les migrateurs, cette protection doit couvrir les lieux de reproduction, les étapes du voyage et les territoires d’hivernage. Renforcer le suivi, sensibiliser les populations et sécuriser les équipements dangereux peut réduire les pertes. Préserver le refuge africain revient ainsi à protéger des oiseaux dont la survie dépend de plusieurs pays et de plusieurs continents.
La Rédaction
Sources
- Arcilla et Di Lecce, Environmental and Experimental Biology, 2026 : connexions migratoires et archives de baguage au Ghana, au Togo et au Bénin. (researchgate.net)
- Serratosa et ses collègues, Biological Conservation, 2024 : mortalité des grands oiseaux sur les voies migratoires Afrique-Eurasie ; présentation des résultats par BirdLife. (researchgate.net, datazone.birdlife.org)
- Shaw et ses collègues, Nature Ecology & Evolution, 2024 : déclin des rapaces africains et rôle des aires protégées. (nature.com)

