Face à la dégradation des terres, la FAO appelle à faire de la restauration des paysages un instrument de sécurité alimentaire et de développement rural. Une ambition qui trouve un écho particulier en Afrique, où plusieurs programmes cherchent à concilier régénération des écosystèmes, production agricole et revenus des communautés.
La forêt ne constitue pas seulement une réserve de biodiversité ou un rempart contre le changement climatique. Elle participe également à l’équilibre des systèmes alimentaires, notamment en protégeant les sols, en régulant l’eau et en fournissant des ressources aux populations rurales. C’est cette dimension que remet en avant l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans son rapport La Situation des forêts du monde 2026, publié le lundi 28 septembre à Rome.
Présenté à l’occasion de la 28e session du Comité des forêts, organisée du 28 septembre au 2 octobre, le document appelle les États à accélérer la restauration des forêts et des paysages dégradés. Pour le continent africain, l’enjeu dépasse la seule reconquête du couvert végétal : il concerne aussi la capacité des territoires ruraux à préserver durablement leurs moyens de production.
Restaurer les paysages pour préserver les ressources agricoles
Selon la FAO, environ 1,56 milliard d’hectares de terres sont aujourd’hui dégradés dans le monde, dont plus de 460 millions d’hectares de forêts. Entre 1990 et 2025, la déforestation a également entraîné la disparition de quelque 489 millions d’hectares de surfaces forestières. Une pression considérable sur des écosystèmes qui contribuent directement ou indirectement aux conditions de vie d’une grande partie de la population mondiale.
La restauration apparaît ainsi comme une réponse à plusieurs défis interdépendants. En améliorant la couverture végétale, elle peut contribuer à limiter l’érosion, favoriser la fertilité des sols, soutenir la disponibilité de l’eau et renforcer la résilience des activités agricoles face aux perturbations climatiques. Ces interventions ne consistent pas nécessairement à planter de nouveaux arbres. Elles peuvent également reposer sur la régénération naturelle, l’agroforesterie et une meilleure gestion des terres existantes. La FAO souligne toutefois que l’ampleur des besoins exige des investissements plus importants et une continuité des politiques publiques.
De l’initiative AFR100 aux Plateaux occidentaux du Togo
En Afrique, cette approche prend notamment forme à travers l’initiative panafricaine AFR100. Trente-quatre pays ont pris des engagements collectifs représentant environ 129,5 millions d’hectares à restaurer d’ici 2030. Pour accompagner cette dynamique, la FAO pilote un programme d’appui dans six pays : le Kenya, Madagascar, le Malawi, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et le Togo. Il vise la restauration de 42 000 hectares de terres dégradées, dans une zone d’influence d’environ 120 000 hectares. Ces superficies correspondent aux objectifs du programme, et non à un bilan de réalisations achevées.
Le cas togolais illustre concrètement ces enjeux. D’après des données communiquées par la FAO en mai 2026, le pays a perdu plus de 130 000 hectares de couverture végétale entre 2001 et 2025. Il s’est parallèlement engagé à restaurer 1,4 million d’hectares de terres dégradées à l’horizon 2030. Dans les Plateaux occidentaux, notamment à Agou, Danyi, Kloto et Kpélé, le programme AFR100 fixe une cible de 7 561 hectares à restaurer et de 28 537 hectares sous gestion améliorée. Son intérêt réside également dans l’articulation entre restauration écologique et développement économique local. Les filières du café, du cacao, de l’avocat, du miel et des champignons comestibles figurent parmi les activités appelées à bénéficier de cette dynamique.
Des hectares restaurés, mais quels bénéfices pour les populations ?
Derrière les engagements chiffrés se pose néanmoins la question de leur traduction dans la vie quotidienne des communautés. La restauration d’un paysage ne garantit pas automatiquement une amélioration de la production alimentaire. Ses effets dépendent notamment de la qualité des interventions, de l’accès aux ressources, de l’implication des agriculteurs et du suivi des résultats dans la durée. Le nouveau rapport de la FAO insiste précisément sur quatre leviers complémentaires : renforcer les droits et la participation des populations, intervenir à l’échelle des paysages, mobiliser des financements adaptés et établir des cadres institutionnels cohérents.
Pour les pays africains, cette orientation invite à dépasser une lecture de la restauration fondée uniquement sur le nombre d’arbres plantés ou les superficies annoncées. L’évolution de la qualité des sols, les revenus des producteurs, la disponibilité des ressources naturelles et les retombées sur les systèmes alimentaires constituent également des éléments essentiels à observer. À quatre ans de l’échéance de 2030, la question n’est donc plus seulement de savoir combien d’hectares le continent ambitionne de restaurer, mais dans quelle mesure cette reconquête écologique pourra contribuer durablement à la sécurité alimentaire et au développement de ses territoires ruraux.
La Rédaction
Sources et références : FAO, La Situation des forêts du monde 2026 (28 septembre 2026) ; Programme panafricain AFR100 ; FAO, profil du programme AFR100 au Togo ; FAO, restauration des paysages dans les Plateaux occidentaux (13 mai 2026).

