Sur le littoral de la région Maritime, à quelques kilomètres d’Alogavi, le village d’Adissém abrite une communauté de pêcheurs engagés dans la protection des tortues marines. Dans cette zone côtière soumise à une forte activité de pêche et à une pression croissante sur les écosystèmes, certains habitants ont progressivement choisi de transformer leur rapport à la mer pour préserver une espèce aujourd’hui menacée.
Connus sous le nom d’« éco-gardes », ces pêcheurs ont intégré la protection des tortues marines à leurs activités quotidiennes. Leur engagement repose sur une connaissance fine du milieu marin et sur une prise de conscience progressive des menaces qui pèsent sur la biodiversité locale, entre captures accidentelles, dégradation des habitats et raréfaction des espèces.
Une initiative née d’une prise de conscience locale
À Adissém, la protection des tortues marines ne découle pas d’un programme imposé de l’extérieur. Elle s’est construite sur le terrain, au fil des années, à partir du constat partagé par certains pêcheurs d’une baisse visible des populations sur le littoral.
Face à cette évolution, la communauté a commencé à s’organiser pour protéger l’espèce, tout en poursuivant ses activités de pêche. Cette démarche repose sur un équilibre délicat entre survie économique et responsabilité environnementale, dans un environnement où les ressources marines restent vitales pour les ménages.
Surveillance des plages et protection des zones de ponte

Des habitants mobilisés pour la protection de l’environnement et des espèces locales.
Chaque nuit, les éco-gardes sillonnent les plages du village afin d’identifier les sites de ponte des tortues marines. Lorsqu’ils repèrent des œufs, ils les prélèvent avec précaution pour les transférer dans des dispositifs d’incubation sécurisés, destinés à réduire les risques liés aux prédateurs naturels et aux activités humaines.
Après l’éclosion, les jeunes tortues sont maintenues quelques jours avant d’être relâchées en mer. Cette phase intermédiaire est considérée comme essentielle pour améliorer leurs chances de survie dans un environnement particulièrement hostile. L’initiative bénéficie par ailleurs de l’appui technique et matériel d’une ONG spécialisée dans la protection de l’environnement marin.
Entre activité de pêche et contraintes économiques
L’engagement des pêcheurs s’accompagne de contraintes concrètes. Les tortues capturées accidentellement dans les filets peuvent endommager les équipements, entraînant des pertes économiques directes pour les pêcheurs.
Malgré ces difficultés, les membres de la communauté maintiennent leur engagement : les tortues encore vivantes sont relâchées lorsqu’elles sont prises dans les filets, tandis que celles pouvant être sauvées sont prises en charge. Cette pratique traduit un arbitrage quotidien entre impératifs de subsistance et volonté de préserver l’écosystème marin.
Une dynamique communautaire reconnue localement
Au sein du village, cette initiative est largement saluée et perçue comme une démarche exemplaire. Plusieurs habitants estiment qu’elle mérite un accompagnement renforcé afin d’assurer sa continuité et son efficacité sur le long terme.
Au-delà d’Adissém, cette action s’inscrit dans un contexte régional marqué par la dégradation des écosystèmes marins et la diminution des populations de tortues sur les côtes ouest-africaines.
Une espèce fortement menacée à l’échelle mondiale
Les tortues marines figurent parmi les espèces les plus vulnérables au monde. Elles subissent simultanément les effets de la pollution plastique, des captures accidentelles liées à la pêche et de la destruction progressive de leurs habitats naturels.
Le changement climatique accentue encore leur fragilité, en perturbant notamment les zones de ponte et en réduisant les taux de survie des œufs. Selon plusieurs observations scientifiques, ces pressions cumulées accélèrent le déclin de populations déjà fragilisées.
Une mobilisation locale face à un enjeu global
Dans ce contexte, l’expérience d’Adissém illustre le rôle croissant des communautés locales dans la protection de la biodiversité. Sans moyens industriels mais avec une organisation volontaire et structurée, ces pêcheurs contribuent activement à la sauvegarde d’une espèce emblématique du littoral togolais, tout en incarnant une forme de gestion communautaire des ressources naturelles.
La Rédaction

