En 2020, les accords d’Abraham étaient célébrés comme un tournant historique. Pour la première fois, des pays arabes normalisaient leurs relations avec Israël sans passer par la guerre. Les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan ouvraient alors un nouveau chapitre, placé sous le signe de la coopération économique, de la sécurité régionale et de la tolérance religieuse.
Mais cinq ans plus tard, la région est rattrapée par une réalité bien plus brutale. Gaza est en ruines depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, la rue arabe rejette ouvertement la normalisation, et le 13 juin 2025, Israël et l’Iran sont entrés en guerre ouverte. Dans ce climat explosif, les accords d’Abraham apparaissent plus fragiles que jamais.
Une paix diplomatique rattrapée par Gaza
Le 7 octobre 2023, une attaque surprise du Hamas contre Israël provoque des centaines de morts. La riposte israélienne marque le début d’une guerre prolongée contre la bande de Gaza. Bombardements intensifs, blocus total, déplacements massifs : en quelques mois, le territoire palestinien est ravagé.
Dans les pays arabes signataires des accords, l’émotion populaire est vive. Si les gouvernements n’ont pas officiellement remis en cause leurs liens avec Israël, ils ont opté pour une diplomatie du silence, suspendant certaines coopérations et limitant les gestes symboliques. Aux Émirats comme au Maroc, la normalisation est devenue un sujet politiquement sensible, parfois même tabou.
13 juin 2025 : Israël et l’Iran franchissent un seuil inédit
Le 13 juin 2025, Israël lance une série de frappes contre des sites militaires et nucléaires en Iran, tuant plusieurs hauts responsables des Gardiens de la Révolution. Téhéran réagit immédiatement, avec plus de 150 missiles et 100 drones dirigés contre Israël. Malgré les systèmes de défense israéliens, des victimes civiles et militaires sont à déplorer.
Cette confrontation directe dure douze jours et fait plus de 900 morts en Iran, une trentaine en Israël. C’est une escalade sans précédent, aux conséquences régionales lourdes. Elle donne aux accords d’Abraham une nouvelle dimension : celle d’un rempart géopolitique contre l’influence iranienne, plus qu’un outil de paix au sens classique.
Une alliance sécuritaire, mais en crise de légitimité
Militairement, les accords ont rapproché Israël des monarchies du Golfe face à leur ennemi commun, l’Iran. Des ventes d’armes, du renseignement partagé et des coopérations technologiques ont renforcé un axe régional discret mais stratégique.
Mais sur le plan symbolique, cette alliance souffre. Dans les rues de Rabat, de Manama ou d’Abu Dhabi, la colère monte. L’indignation face à Gaza, combinée à la perception d’un soutien aveugle à Israël, fragilise le socle populaire des accords. Aucun nouveau pays arabe n’a rejoint le processus depuis 2021, et l’élargissement est gelé.
Coopérations discrètes mais encore actives
Malgré les tensions, les accords n’ont pas été officiellement rompus. Le commerce entre Israël et les Émirats arabes unis dépasse 2,5 milliards de dollars annuels. Des projets dans les énergies renouvelables, la cybersécurité ou l’innovation médicale sont toujours en cours, mais avec plus de discrétion.
Le partenariat I2U2 (Israël, Inde, Émirats, États-Unis) reste actif. Mais le ton a changé. Les visites officielles se font rares, les annonces communes sont mesurées, et la volonté initiale de mettre en scène une « paix nouvelle » semble désormais bien loin.
L’avenir suspendu à deux fronts
Les accords d’Abraham avaient pour ambition de dessiner un Moyen-Orient pacifié, connecté, tourné vers l’avenir. Mais cette vision reste suspendue à deux réalités explosives : l’absence de solution au conflit israélo-palestinien, et le retour de la confrontation directe avec l’Iran.
En ce mois de juin 2025, ces accords tiennent toujours. Mais ils ne font plus rêver. Ils s’accrochent à des intérêts stratégiques concrets, mais leur légitimité s’effrite. Plus que jamais, leur avenir dépend d’un véritable tournant politique – à Gaza, à Téhéran, et dans les capitales arabes.
La Rédaction

