Dans un monde où les océans deviennent un champ stratégique aussi déterminant que les territoires terrestres, le Togo fait un choix qui dépasse largement la seule question environnementale. En engageant le processus de ratification de l’Accord BBNJ, Lomé s’inscrit dans une dynamique globale de redéfinition de la gouvernance maritime internationale, tout en consolidant sa place dans l’économie bleue émergente.
La haute mer, nouvel espace de décision politique
Longtemps considérée comme un espace sans maître, la haute mer concentre aujourd’hui des enjeux cruciaux : biodiversité menacée, exploitation des ressources génétiques marines, régulation des activités industrielles et scientifiques, mais aussi accès équitable aux bénéfices qui en découlent. Adopté le 19 juin 2023 par les Nations unies, l’Accord relatif à la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales marque une rupture. Il impose un cadre juridiquement contraignant là où prévalaient jusque-là des règles fragmentées et insuffisantes.
C’est dans ce contexte que le Conseil des ministres togolais, réuni le mercredi 17 décembre 2025, a examiné et adopté le projet de loi autorisant la ratification de cet accord se rapportant à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Le texte sera transmis au Parlement pour examen, avant les autres étapes formelles du processus de ratification.
Une diplomatie environnementale assumée
Le choix du Togo repose sur une approche qualifiée de prudente et coopérative par le gouvernement. Il s’agit moins d’un geste symbolique que d’un positionnement stratégique. En participant activement aux négociations internationales, notamment lors de la COP30 à Belém au Brésil, Lomé affirme sa volonté de s’aligner sur les standards contemporains de gouvernance environnementale.
Cette démarche renforce la crédibilité du pays dans les forums multilatéraux et consolide son image d’acteur responsable dans la gestion des biens communs mondiaux. Elle traduit également une lecture lucide des rapports de force actuels, où la capacité à anticiper les normes internationales devient un levier d’influence durable.
Des perspectives financières et économiques structurantes
Au-delà du cadre juridique, la ratification de l’Accord BBNJ ouvre l’accès à des mécanismes de financement internationaux dédiés à la conservation marine. Le gouvernement souligne notamment la possibilité de mobiliser des ressources issues du Fonds pour l’environnement mondial afin de soutenir la lutte contre la pollution, la protection des écosystèmes et le renforcement des capacités nationales.
L’accord contribue également à structurer l’économie bleue, un secteur stratégique pour l’Afrique de l’Ouest. Il prévoit la création d’aires marines protégées en haute mer, l’encadrement de l’exploitation des ressources génétiques marines et l’obligation d’évaluations d’impact environnemental pour les activités menées au-delà des juridictions nationales. Autant de dispositions susceptibles d’avoir des retombées indirectes sur la pêche, le transport maritime, la recherche scientifique et la coopération régionale.
Lomé dans la cartographie maritime mondiale
Pour le Togo, l’enjeu est clair : se positionner comme un État côtier pleinement intégré aux nouvelles règles du jeu maritime mondial. En ancrant sa diplomatie dans la haute mer, le pays élargit son horizon stratégique, au-delà de ses eaux territoriales, et affirme sa place dans les débats qui façonneront l’avenir des océans.
La ratification de l’Accord BBNJ n’est donc pas une fin en soi, mais un point d’ancrage. Celui d’un Togo qui entend conjuguer protection de l’environnement, accès aux financements verts et affirmation de sa voix dans la gouvernance internationale des biens communs.
La Rédaction

