Rome – Dans un monde en proie aux tensions géopolitiques et aux polarités idéologiques, la conférence internationale « Religion et diplomatie » a exploré le rôle inédit de la spiritualité dans la construction de la paix et du dialogue. Organisée à l’Augustinianum par le Centre international pour le dialogue (Kaiciid), le Dicastère pour le dialogue interreligieux du Saint-Siège et le Conseil des leaders musulmans européens, cette rencontre a réuni responsables religieux, diplomates et acteurs civiques autour d’un objectif commun : créer des ponts vers un monde plus harmonieux.
La religion au cœur des tensions… et des solutions
Dans un contexte mondial marqué par l’instabilité et la polarisation, la religion apparaît doublement : instrumentalisée dans certains conflits, elle devient aussi un vecteur puissant de solidarité interreligieuse, au niveau local comme international. Selon Antonio de Almeida-Ribeiro, secrétaire général du Kaiciid et ancien ambassadeur du Portugal près le Saint-Siège, « ce qui manque aujourd’hui, c’est une véritable culture du respect de l’autre. Les responsables religieux doivent promouvoir l’unité et encourager le dialogue avec les dirigeants politiques, tout en mobilisant la société civile ».
Spiritualité et diplomatie : un tandem incontournable
L’un des axes majeurs de la conférence a été d’examiner l’interaction entre religion et diplomatie. Les décideurs internationaux reconnaissent de plus en plus que les défis sociaux, politiques et culturels contemporains nécessitent l’apport de la sagesse des traditions religieuses. Dans ce cadre, le rôle des leaders religieux dépasse la spiritualité pour devenir diplomatique : ils peuvent influencer, médiatiser et favoriser la cohésion sociale.
Quand l’unité religieuse inquiète le politique
Le grand rabbin de Bâle, Elimelech Vanzetta, représentant de la Conférence européenne des rabbins, a souligné que le dialogue interreligieux suscite parfois la crainte des gouvernements. « Là où il y a unité, il n’y a pas de place pour les conquêtes ou les instrumentalisation », a-t-il averti. Cette prise de position met en lumière la nécessité pour les acteurs religieux et politiques de trouver des terrains communs, non pas en coexistant parallèlement, mais en collaborant à travers leurs communautés.
Briser les stéréotypes et promouvoir la fraternité
Les participants ont unanimement dénoncé l’usage de la violence au nom de la foi et l’instrumentalisation des religions pour détourner l’attention des causes réelles des conflits. Pour l’imam Yahya Pallavicini, président du Conseil européen des leaders musulmans (Eulema), rabbins et imams doivent incarner un rôle de médiation et de fraternité humaine, capable de transformer la compréhension mutuelle en diplomatie active. « Servir de médiateur pour apaiser les cœurs et construire des voies de paix est essentiel », a-t-il insisté.
La diplomatie de l’espérance selon le Pape François
La conférence s’inscrit dans la perspective de la « diplomatie de l’espérance » prônée par le Pape François, qui appelle à agir avec courage moral, au-delà des intérêts stratégiques, pour bâtir la paix là où d’autres voient uniquement des conflits. Les organisateurs ont insisté sur la nécessité pour les chefs religieux et les dirigeants politiques de rejeter l’indifférence, devenir artisans de réconciliation et protéger les plus vulnérables, en s’inspirant de valeurs universelles de justice et de fraternité.
La Rédaction
Sources et références :
•Kaiciid – Centre international pour le dialogue : https://www.kaiciid.org
•Conseil des leaders musulmans européens (Eulema) : https://www.eulema.org
•Dicastère pour le dialogue interreligieux du Saint-Siège : https://www.vatican.va

