À Lomé, décideurs publics, assureurs et innovateurs interrogent le rôle de l’assurance dans des économies où la majorité des populations reste en marge des systèmes classiques de protection. La 11ᵉ Conférence régionale africaine sur l’assurance inclusive s’ouvre dans un contexte où l’urgence n’est plus de débattre, mais de rendre les dispositifs réellement accessibles.
Lomé, carrefour d’un débat structurant
Depuis ce 25 mars 2026, la capitale togolaise accueille la 11ᵉ Conférence régionale africaine sur l’assurance inclusive, organisée par la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA).
Autour de la table, régulateurs, compagnies d’assurance, réassureurs, décideurs publics et acteurs technologiques confrontent leurs approches. Derrière la diversité des profils, une interrogation commune : comment adapter l’assurance à des réalités économiques dominées par l’informalité et la faiblesse des revenus.
Un déficit de couverture devenu enjeu systémique
En Afrique, l’assurance reste largement sous-développée, en particulier auprès des populations à faibles revenus. Ce déficit de couverture expose les ménages à des chocs multiples — sanitaires, climatiques ou économiques — sans mécanisme de protection structuré.
Dans ce contexte, l’assurance inclusive ne relève plus d’une innovation sectorielle, mais d’un enjeu de stabilité sociale et économique. Elle conditionne la capacité des États à amortir les crises et à sécuriser les trajectoires de développement.
Entre innovation technologique et contraintes de terrain
Les discussions s’articulent autour des mutations du secteur, portées notamment par les solutions d’InsurTech. Digitalisation des services, micro-assurance, distribution via le mobile : les outils existent.
Mais leur déploiement se heurte à des contraintes persistantes : faible culture assurantielle, méfiance des populations, fragilité des revenus et limites des infrastructures.
L’enjeu n’est donc plus uniquement technologique, mais structurel : adapter les modèles économiques aux capacités réelles des usagers.
Régulation, partenariats et nouveaux équilibres
Au-delà des innovations, la question de la régulation et des modèles de gouvernance s’impose. Les échanges portent sur la nécessité de cadres adaptés, capables de sécuriser les marchés tout en favorisant l’innovation.
Les partenariats public-privé apparaissent comme un levier central, notamment pour étendre la couverture assurantielle sans déséquilibrer les finances publiques.
L’assurance comme prolongement des politiques sociales
Pour les autorités togolaises, l’assurance inclusive s’inscrit dans une logique plus large de protection sociale. Elle est perçue comme un complément aux dispositifs publics, notamment dans le domaine de la santé.
Dans des contextes où les systèmes sociaux restent en construction, l’assurance devient un outil d’extension de la couverture, mais aussi un instrument de redistribution indirecte.
À Lomé, la réflexion dépasse le cadre technique du secteur assurantiel. Elle interroge la capacité des économies africaines à bâtir des systèmes de protection adaptés à leurs réalités. Entre innovation, régulation et contraintes sociales, l’assurance inclusive apparaît moins comme une option que comme une nécessité structurelle.
La Rédaction

