Alors que la guerre au Soudan s’enlise et que la capitale Khartoum se vide de ses infrastructures, un maigre espoir résiste dans les ruelles dévastées : la soupe populaire. Dans le quartier de Burri, comme dans d’autres zones sinistrées, ces distributions de repas sont devenues vitales. Financé par la diaspora soudanaise, ce système d’entraide pallie un effondrement alimentaire sans précédent.
Une capitale affamée
La guerre civile, déclenchée en avril 2023 entre l’armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), a plongé le pays dans un chaos prolongé. D’après les Nations unies, la crise humanitaire qui en résulte est désormais la plus grave au monde en matière d’insécurité alimentaire. Près de 25 millions de Soudanais, soit la moitié de la population, sont en situation de détresse alimentaire, et les premiers cas officiels de famine ont été signalés, une première depuis 2017.
À Khartoum, de nombreux habitants reviennent dans leurs quartiers détruits, espérant retrouver un semblant de normalité. Mais les vivres sont rares, les prix exorbitants et les revenus inexistants. « On n’a ni argent, ni nourriture chez moi », confie Habib Mohammed Ali Mustapha, resté dans la capitale tout au long des combats. « Durant toute la guerre, je suis venu chercher ma nourriture ici. Deux repas chaque jour. »
Burri : un quartier dévasté, mais debout
Au cœur du quartier de Burri, Haïthiam Mohammed Alawad distribue chaque jour des repas chauds à près de 190 personnes. « On fournit le petit déjeuner, le déjeuner, et du riz pour le dîner », explique-t-il. Les menus sont simples : haricots rouges, légumes, salades. Tout est noté sur une carte pour suivre les distributions. Ce système, mis en place dès les premiers mois de la guerre, est devenu une bouée de sauvetage pour une population qui n’a plus accès à une alimentation régulière.
La diaspora au secours de ses proches
Derrière cette solidarité sur le terrain, un soutien essentiel : celui des Soudanais de la diaspora. Malgré les difficultés à faire parvenir les fonds, ils alimentent les cuisines collectives, refusant de laisser mourir leurs familles et voisins. Mahmoud Salah, ingénieur sans emploi stable, vient lui aussi tous les jours. « 1 kilo de viande coûte 24 000 livres soudanaises. Avant, on pouvait acheter 24 pains pour 1 000 livres. Aujourd’hui, on n’en a que six. La différence est énorme. »
Le Programme alimentaire mondial (PAM) rapporte une hausse de 134 % du prix du panier moyen en seulement un an. Dans un pays où les revenus ont disparu avec la guerre, la survie dépend désormais de la générosité des exilés.
Une urgence ignorée
Alors que les grandes puissances se concentrent ailleurs, le Soudan s’enfonce dans l’indifférence générale. La guerre continue, les pourparlers échouent, et les civils, eux, s’accrochent aux rares formes d’entraide encore fonctionnelles. La soupe populaire est devenue bien plus qu’un repas : c’est une déclaration de dignité face à l’abandon.
La Rédaction

