Réputé pour la solidité de ses institutions et la régularité de ses alternances politiques, le Cap-Vert aborde une nouvelle échéance présidentielle avec un défi qui dépasse la compétition entre candidats : convaincre les citoyens de participer davantage à la vie démocratique. Dans cet archipel de l’Atlantique, la stabilité institutionnelle contraste avec une abstention électorale persistante.
Le Cap-Vert occupe une place particulière dans le paysage politique africain. Depuis l’instauration du multipartisme en 1991, cet État insulaire a construit une tradition d’élections compétitives, d’alternances pacifiques et de respect des institutions. Cette continuité démocratique constitue l’un des traits distinctifs du pays, mais elle ne garantit pas une mobilisation durable de ses citoyens.
Lors de la présidentielle de 2021, 52 % des électeurs inscrits n’avaient pas participé au scrutin. Autrement dit, plus d’un électeur sur deux était resté à l’écart d’une élection pourtant décisive pour la désignation du chef de l’État. Cinq ans plus tard, cette faible participation demeure une question importante pour la démocratie capverdienne.
Six candidatures pour représenter des sensibilités différentes
La campagne présidentielle, ouverte le 29 octobre, réunit six candidats officiellement admis par le Tribunal constitutionnel. José Maria Neves, président sortant soutenu par le Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV), sollicite un second mandat. Face à lui figure notamment Joana Rosa, ancienne ministre de la Justice soutenue par le Mouvement pour la démocratie (MpD).
La candidature de cette dernière marque une évolution dans la représentation politique du pays : elle est la première femme à se présenter à une élection présidentielle capverdienne. Quatre autres personnalités participent au scrutin : Antero Tavares, Casimiro de Pina, Gilson Alves et Loisito Tavares de Sousa.
Cette diversité de profils élargit l’offre électorale, sans suffire à elle seule à résoudre la question de la mobilisation des citoyens.
Une démocratie qui s’étend bien au-delà de l’archipel
La particularité du Cap-Vert réside aussi dans l’importance de sa diaspora. Selon les données électorales disponibles fin septembre, environ 426 500 électeurs étaient inscrits, dont près de 76 900 à l’étranger, soit 18 % du corps électoral.
La participation des Capverdiens établis hors du territoire national constitue ainsi une dimension essentielle du scrutin. Elle témoigne d’une citoyenneté qui dépasse les frontières géographiques de l’archipel et impose une organisation électorale adaptée à des communautés dispersées sur plusieurs continents.
Le rendez-vous du 15 novembre
C’est dans ce contexte que les électeurs sont appelés aux urnes le 15 novembre 2026. La Commission nationale des élections a placé la participation au centre de sa campagne de sensibilisation, rappelant que chaque vote contribue à la vitalité des institutions.
Au-delà de la désignation du prochain président, le scrutin permettra d’observer la capacité du système politique capverdien à maintenir un lien actif entre les citoyens et leurs représentants.
Pour cet archipel souvent présenté comme une référence démocratique africaine, l’enjeu ne réside donc pas uniquement dans la régularité du vote, mais aussi dans la place que les électeurs choisissent d’y prendre.
La Rédaction
Sources : Commission nationale des élections — Six candidatures officiellement admises ; Expresso das Ilhas / Lusa — Participation de 2021 et données électorales 2026 ; CNE — Campagne de mobilisation électorale.

