En 2023, la chaleur a été associée à environ 710 000 décès dans le monde, selon le Lancet Countdown. Les chercheurs estiment que plus de sept sur dix sont attribuables au changement climatique d’origine humaine. En Afrique, des épisodes extrêmes sont documentés, mais les données disponibles ne permettent pas d’établir un bilan continental comparable. Les lacunes statistiques rendent aussi plus difficile l’évaluation des besoins sanitaires.
Un chiffre mondial issu de modèles
Les 710 000 décès ne correspondent pas à un décompte de certificats de décès mentionnant la chaleur. Le Lancet Countdown estime la mortalité liée aux températures à partir de modèles, puis évalue l’effet du changement climatique en comparant le climat observé à un scénario contrefactuel sans réchauffement d’origine humaine. Pour 2023, la part attribuée au changement climatique atteint 71,5 %. Ces résultats restent des estimations : le modèle suppose notamment que le lien entre température et mortalité ne change pas au fil du temps, alors que l’adaptation ou, au contraire, une vulnérabilité accrue peuvent modifier les risques.
Du Sahel au Soudan du Sud, des épisodes extrêmes
En avril 2024, Kayes, dans l’ouest du Mali, a enregistré 48,5 °C. À Bamako, l’hôpital Gabriel-Touré a recensé 102 décès en quatre jours. Ce chiffre ne signifie pas que tous ces décès ont été causés par la chaleur : les données disponibles ne permettent pas d’en établir précisément la part. L’épisode a aussi touché le Burkina Faso, le Tchad, la Guinée, le Niger, le Nigeria et le Sénégal. Au Soudan du Sud, des températures prévues de 41 à 45 °C ont conduit à fermer temporairement les écoles. Ces événements montrent des foyers d’exposition, mais ne constituent pas un classement des pays les plus touchés.
Cette incertitude reflète un problème plus large : les chercheurs du Lancet Countdown Africa soulignent que le manque de données sanitaires et climatiques limite la disponibilité de plusieurs indicateurs pour le continent. La chaleur peut provoquer épuisement et coup de chaleur, aggraver des maladies cardiovasculaires ou rénales et fragiliser les personnes âgées, les jeunes enfants et les travailleurs en extérieur. Sans surveillance adaptée, une partie de ces effets risque de ne pas être reconnue comme liée aux fortes températures.
Des effets déjà mesurés, des risques futurs projetés
Le rapport 2026 du Lancet Countdown estime qu’en 2025, les pertes potentielles de revenus liées à la baisse de la capacité de travail sous la chaleur équivalaient à 3,2 % du PIB africain ; l’agriculture représentait 71 % de ces pertes estimées. Ce sont des revenus potentiels perdus, pas une mesure directe de baisse du PIB.
Pour l’avenir, le GIEC projette qu’au-delà de 1,5 °C de réchauffement mondial, le risque pourrait augmenter d’au moins 15 décès liés à la chaleur pour 100 000 habitants par an dans de larges parties de l’Afrique. Ce chiffre est une projection, pas un bilan actuel. Il souligne l’enjeu de politiques qui combinent alertes précoces, plans sanitaires face aux vagues de chaleur et meilleur suivi des hospitalisations et des décès.
La Rédaction
Sources et références
Lancet Countdown 2026, mortalité liée à la chaleur. Lancet Countdown Africa, données et enjeux de recherche. Organisation météorologique mondiale, événements extrêmes de 2024. World Weather Attribution, canicule du Sahel en 2024. GIEC, sixième rapport d’évaluation, chapitre Afrique. OMS, chaleur et santé.

