Une étude publiée le 21 octobre 2026 dans Nature Communications révèle les limites des campagnes de distribution de moustiquaires imprégnées en Afrique. Malgré les investissements et l’arrivée de nouveaux modèles, moins de la moitié des habitants des zones touchées par le paludisme bénéficiaient d’un accès suffisant en 2024. Le défi concerne désormais autant la répartition que l’utilisation des équipements.
La lutte contre le paludisme en Afrique se heurte à un paradoxe : des millions de moustiquaires sont distribuées, mais leur disponibilité réelle dans les ménages demeure insuffisante. Selon une nouvelle étude couvrant 44 pays africains, seulement 48 % de la population exposée disposait d’un accès à une moustiquaire imprégnée en 2024, tandis que 40 % déclaraient avoir dormi sous cette protection.
Ces résultats révèlent un ralentissement préoccupant. Après plusieurs années de progrès, la couverture a cessé d’augmenter autour de 2017, restant largement inférieure à l’objectif de 80 %.
Des distributions qui ne suivent plus les besoins
Les chercheurs ont développé un modèle associant enquêtes auprès des ménages, données démographiques, livraisons des fabricants et campagnes nationales de distribution entre 2006 et 2024.
Leurs estimations montrent que l’augmentation du nombre de moustiquaires ne garantit pas une amélioration équivalente de la couverture. La croissance démographique accroît les besoins, tandis que les équipements vieillissent et doivent être remplacés.
Les disparités géographiques et la répartition entre ménages constituent également des obstacles. Certaines familles disposent de protections insuffisantes au regard du nombre de personnes à couvrir.
L’utilisation, autre faiblesse des campagnes
L’étude estime que seulement 68 % environ du potentiel théorique d’utilisation est effectivement réalisé. Cette différence souligne l’importance des habitudes domestiques, de l’état des moustiquaires et des conditions locales.
Les modèles de nouvelle génération, conçus notamment pour mieux répondre à la résistance des moustiques aux insecticides, représentent désormais près de 34 % du parc estimé. Leur progression ne compense cependant pas toutes les insuffisances de couverture.
Repenser la prévention au plus près des ménages
Ces résultats plaident pour des distributions mieux ciblées, accompagnées d’un suivi régulier de l’utilisation et du remplacement des équipements.
Les chiffres restent des estimations statistiques, et non des observations exhaustives. L’étude ne mesure pas directement les infections évitées.
Pour les programmes africains de lutte antipaludique, l’enjeu devient donc de garantir qu’une moustiquaire disponible soit réellement accessible, adaptée et utilisée par les personnes qui en ont besoin.
La Rédaction

