Dix ans après le déraillement du train Intercity 152, qui avait fait 79 morts et plus de 500 blessés au Cameroun, la procédure judiciaire n’a toujours pas trouvé son aboutissement. Condamnée en première instance en 2018, la compagnie Camrail a fait appel. Elle affirme aujourd’hui avoir finalisé 98 % des indemnisations, un bilan que contestent certaines familles de victimes.
Le 21 octobre 2016, un train reliant Yaoundé à Douala déraille à l’approche de la gare d’Eséka, dans le centre du Cameroun. Le convoi, renforcé pour accueillir des voyageurs supplémentaires après l’interruption de la circulation routière entre les deux villes, se disloque dans une courbe. La catastrophe provoque l’un des bilans les plus meurtriers de l’histoire ferroviaire du pays. Une décennie plus tard, ses conséquences humaines et judiciaires demeurent au cœur des revendications des victimes.
Des responsabilités identifiées dès l’enquête
La commission gouvernementale mise en place après l’accident établit la responsabilité principale de Camrail, alors contrôlée par le groupe Bolloré. Son rapport relève notamment une vitesse de 96 km/h sur une portion limitée à 40 km/h, ainsi que des problèmes liés à la composition du train et à son freinage. Ces défaillances interrogent les conditions d’exploitation et les décisions prises avant le départ.
Le 26 septembre 2018, le tribunal de première instance d’Eséka reconnaît Camrail et plusieurs employés coupables d’infractions liées à la catastrophe. L’ancien directeur général Didier Vandenbon est condamné à six mois de prison avec sursis, tandis que le conducteur reçoit une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme. Mais Camrail conteste les expertises ayant fondé le jugement et interjette appel.
Huit années d’attente devant la justice
En octobre 2026, aucune audience d’appel n’a encore eu lieu, selon RFI. Les responsabilités retenues en première instance n’ont donc pas été définitivement réexaminées. Cette attente nourrit les critiques des représentants des victimes, qui estiment que certaines responsabilités institutionnelles n’ont pas été suffisamment examinées. Les raisons précises de la durée de la procédure restent à clarifier.
Des indemnisations toujours discutées
Dans un communiqué publié le 21 octobre 2026, Camrail affirme avoir finalisé 98 % du processus d’indemnisation. La compagnie met également en avant les mesures adoptées pour renforcer la sécurité ferroviaire. Mais ce pourcentage ne précise pas la proportion de victimes ayant obtenu une réparation intégrale. Certaines familles dénoncent encore des paiements manquants ou insuffisants.
Au-delà des compensations financières, des survivants vivent avec des séquelles durables. D’autres proches attendent toujours des réponses sur leurs disparus. Pour ces familles, la question ne se limite plus à la reconnaissance des responsabilités : elle concerne aussi la possibilité de reconstruire leur existence. Dix ans après Eséka, l’achèvement de la procédure judiciaire reste une étape essentielle de cette réparation.
La Rédaction

