Trois affaires de corruption présumée impliquant d’anciens dirigeants malgaches sont suspendues dans l’attente d’un arbitrage constitutionnel. Derrière cette décision se joue une question déterminante : la justice ordinaire peut-elle poursuivre un ancien président pour des faits présumés de corruption ?
À Madagascar, les procédures visant plusieurs figures de l’ancien régime se heurtent à une difficulté juridique majeure. Le Pôle anti-corruption (PAC) d’Antananarivo a annoncé, le 21 octobre, la suspension de trois dossiers impliquant notamment l’ancien président Andry Rajoelina, son Premier ministre Christian Ntsay et d’anciennes ministres. La juridiction attend que la Haute Cour constitutionnelle (HCC) précise l’étendue de ses compétences.
Cette décision ne constitue ni un acquittement ni un abandon des accusations. Elle révèle les obstacles institutionnels auxquels se heurte la lutte contre la corruption au sommet de l’État.
Trois affaires au cœur de l’ancien régime
Les investigations concernent la disparition de 36 kilogrammes d’or saisis par les autorités, des soupçons d’irrégularités dans des marchés publics de mobilier scolaire et la gestion du Fonds souverain malgache.
Ces dossiers portent sur de possibles détournements de fonds publics, opérations de blanchiment et falsifications de documents. Les responsabilités individuelles restent à établir judiciairement.
Le PAC a saisi la HCC le 6 octobre pour déterminer si ces affaires peuvent relever de sa compétence, compte tenu des anciennes fonctions des personnes concernées.
Une justice longtemps entravée par les procédures
La Constitution réserve à la Haute Cour de justice le jugement de certains actes commis par les plus hauts responsables dans l’exercice de leurs fonctions. Leur mise en accusation dépend cependant d’une procédure parlementaire qui a longtemps ralenti le traitement des dossiers.
En mars 2026, la Haute Cour constitutionnelle avait ouvert une brèche : elle a considéré que des infractions de corruption pouvaient être détachées des fonctions officielles et jugées par le PAC. Cette interprétation concernait notamment un ancien ministre et un ancien président du Sénat.
Le cas Rajoelina comme épreuve décisive
La question est désormais de savoir comment appliquer ce raisonnement à un ancien chef de l’État. La réponse pourrait déterminer le parcours judiciaire de plusieurs affaires héritées du précédent pouvoir.
Pour Madagascar, l’enjeu dépasse les personnalités visées. Il s’agit de concilier les protections constitutionnelles des anciens dirigeants avec l’exigence de responsabilité pénale, sans laisser les conflits de compétence prolonger indéfiniment les procédures.
La Rédaction

