Huit ans après son abolition dans le Code pénal, la peine de mort fait son retour au Burkina Faso. Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée législative du peuple, la réforme traduit la volonté du régime militaire de renforcer la répression des crimes graves. Une orientation qui ravive les inquiétudes concernant les droits fondamentaux.
Le Burkina Faso opère un tournant majeur dans sa politique pénale. Le 20 octobre 2026, les 71 membres votants de l’Assemblée législative du peuple (ALP), institution parlementaire non élue, ont approuvé à l’unanimité un nouveau Code pénal réintroduisant la peine capitale. Cette décision inverse l’orientation prise en 2018, lorsque le pays avait supprimé ce châtiment de sa législation pénale ordinaire.
Pour le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir en septembre 2022, cette réforme doit renforcer la sécurité nationale et adapter la justice aux menaces auxquelles le pays est confronté.
Une sanction élargie à plusieurs infractions
Le nouveau texte prévoit la peine capitale pour le terrorisme, l’espionnage, la trahison et le parricide. Elle pourra également sanctionner l’importation de produits périmés ou interdits lorsqu’elle entraîne la mort.
Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, défend un dispositif destiné à protéger les populations et à répondre à l’évolution de la criminalité. Les autorités estiment notamment que les sanctions précédentes n’exerçaient pas un effet dissuasif suffisant face aux groupes armés.
L’adoption parlementaire est confirmée, mais les modalités d’entrée en vigueur doivent encore être établies à partir de la publication officielle du texte.
La sécurité face aux garanties judiciaires
Cette décision intervient dans un pays confronté depuis une décennie aux violences de groupes djihadistes, responsables de milliers de morts et de déplacements massifs.
Elle suscite néanmoins des préoccupations particulières dans un contexte où plusieurs organisations internationales dénoncent des restrictions des libertés publiques, des disparitions forcées et des pressions contre des journalistes et des opposants.
Amnesty International avait appelé dès décembre 2025 à abandonner le projet, rappelant le caractère irréversible des erreurs judiciaires et contestant l’efficacité dissuasive particulière de la peine capitale.
Une rupture avec la trajectoire abolitionniste
La dernière exécution recensée au Burkina Faso remonte à 1988. Le retour de la peine de mort met ainsi fin à plusieurs décennies sans exécution connue et à huit années d’abolition dans le droit pénal ordinaire.
La question dépasse désormais la sévérité des sanctions : elle concerne les garanties offertes aux accusés et la capacité de la justice à prévenir les condamnations irréversibles.
La Rédaction

