En Inde, la révision controversée des listes électorales provoque une mobilisation croissante, portée notamment par une nouvelle génération de manifestants. Alors que plus de 130 millions de noms ont été retirés des registres depuis 2025, Human Rights Watch dénonce des arrestations arbitraires, des violences policières et des atteintes à la liberté de la presse. Derrière les affrontements, une question domine : comment garantir la confiance dans le processus électoral de la plus grande démocratie du monde ?
Depuis le 25 septembre, New Delhi et plusieurs grandes villes indiennes connaissent une succession de manifestations contre la Commission électorale nationale. Le mouvement, animé notamment par le Cockroach Janta Party (CJP), des organisations étudiantes et des partis d’opposition, réclame la démission du commissaire électoral en chef, Gyanesh Kumar.
La mobilisation trouve son origine dans la révision spéciale intensive des listes électorales, engagée en juin 2025. Officiellement, cette opération vise à supprimer les inscriptions en double, les personnes décédées et les électeurs ne remplissant plus les conditions légales.
Mais l’ampleur des radiations soulève des interrogations sur les garanties accordées aux citoyens. Les opposants dénoncent un processus opaque, susceptible d’exclure des électeurs légitimes, particulièrement parmi les minorités religieuses et les populations défavorisées. La Commission électorale rejette les accusations de manipulation politique.
Des manifestations marquées par les arrestations
Dans un communiqué publié le 13 octobre, Human Rights Watch accuse les autorités indiennes d’avoir employé une force excessive contre des manifestants pacifiques. L’organisation rapporte des interpellations massives, des violences physiques et des restrictions de déplacement.
Les rassemblements des 10 et 11 octobre à New Delhi ont particulièrement retenu son attention. Selon HRW, au moins trente journalistes ont été interpellés alors qu’ils couvraient les événements. Plusieurs ont déclaré avoir subi des violences, tandis que trois journalistes femmes ont dénoncé des faits de harcèlement sexuel imputés à des policiers.
Les autorités ont également suspendu l’accès à Internet mobile et limité les transports dans certains secteurs de la capitale. Ces mesures, présentées dans un contexte de sécurité publique, sont contestées par les organisations de défense des droits humains.
La mobilisation s’est poursuivie le 16 octobre. Selon Reuters, la police a interpellé plusieurs responsables du mouvement avant un nouveau rassemblement à Delhi. Les autorités invoquent notamment le respect des restrictions encadrant les manifestations.
La Cour suprême et la liberté de manifester
La controverse a désormais atteint les institutions judiciaires. La Cour suprême examine des recours concernant la révision des listes électorales et la direction de la Commission électorale.
Le 11 octobre, elle a également demandé que les rassemblements pacifiques ne donnent pas lieu à des détentions illégales et que les journalistes puissent exercer leur profession. Human Rights Watch estime que ces garanties n’ont pas été suffisamment respectées.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a exprimé ses préoccupations face aux arrestations et encouragé le dialogue. Le gouvernement indien a rejeté cette intervention, la qualifiant d’ingérence dans ses affaires intérieures.
Une crise de confiance autour du droit de vote
Au-delà des manifestations, le conflit révèle une fracture entre les institutions électorales et une partie de la population. La suppression de millions d’inscriptions ne signifie pas automatiquement que tous les électeurs concernés ont été privés illégalement de leurs droits. Elle impose néanmoins des procédures transparentes, des possibilités de recours et des vérifications accessibles.
Pour les organisations de défense des droits humains, la liberté de manifester constitue une autre condition de cette confiance. Les accusations d’abus policiers doivent être examinées indépendamment, sans présumer de la responsabilité individuelle des agents mis en cause.
En Inde, la contestation ne porte donc plus uniquement sur des listes électorales. Elle interroge désormais la capacité des institutions à garantir simultanément l’intégrité du scrutin, les libertés publiques et le droit des citoyens à demander des comptes.
La Rédaction
Sources et références
- Human Rights Watch, « Inde : Mettre fin à la répression contre les manifestants et aux arrestations arbitraires », 13 octobre 2026.
- Amnesty International, « India: Authorities trampling on human rights in crackdown on electoral roll protests », octobre 2026.
- Reuters, « Indian police detain ‘cockroach’ founder, student leaders ahead of Delhi rally », 16 octobre 2026.
- Reuters, « Why India’s tens of millions of voter deletions have led to widespread protests », 9 octobre 2026.

