Après la reprise des principales villes du Tigré, Addis-Abeba installe une administration provisoire pour six mois. Mais le TPLF rejette cette transition et les élections promises restent incertaines dans une région meurtrie par la guerre.
Le gouvernement éthiopien veut transformer ses avancées militaires en autorité politique. Le 16 octobre, le Premier ministre Abiy Ahmed a nommé cinq responsables pour administrer provisoirement le Tigré, dans le nord du pays. Leur mission : rétablir les services publics, soutenir les déplacés et préparer des élections régionales dans six mois.
Cette décision suit la reprise de Mekele, capitale régionale, et le repli des forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) vers le nord. Le contrôle des grandes villes ne signifie toutefois pas la fin des combats ni le retour de la stabilité. Le pouvoir promet également la réinsertion des anciens combattants, dans une région où le rétablissement de l’administration exige encore des moyens humains et financiers considérables.
Une transition contestée dès son lancement
Addis-Abeba assure que l’administration intérimaire ne prendra aucune décision stratégique durable avant l’élection de nouvelles autorités. Des consultations locales ont déjà été organisées pour désigner des responsables temporaires, mais des opposants dénoncent leur précipitation et la faible participation des habitants.
Le 17 octobre, le TPLF a rejeté le dispositif, qu’il considère comme imposé par le gouvernement fédéral. Ce refus complique la préparation d’élections crédibles : il faudra s’entendre sur les partis autorisés à concourir, l’enregistrement des électeurs et les conditions de sécurité nécessaires au vote.
Les blessures de la guerre toujours ouvertes
Le Tigré porte encore les séquelles du conflit de 2020 à 2022. L’accord de Pretoria avait mis fin aux principales hostilités, sans achever le désarmement ni permettre le retour de toutes les familles déplacées. Selon Reuters, environ 750 000 personnes vivent toujours loin de chez elles.
Les tensions avec l’Érythrée ajoutent une dimension régionale à la crise. Addis-Abeba accuse Asmara de soutenir les rebelles, ce que celle-ci conteste, tandis que le risque d’un affrontement frontalier persiste.
Pour Abiy Ahmed, le défi ne consiste donc plus seulement à reprendre des villes, mais à construire une autorité reconnue par leurs habitants. Sans participation politique réelle et garanties de sécurité, les six mois annoncés pourraient prolonger la confrontation plutôt qu’ouvrir la voie à une paix durable.
La Rédaction

