Les perquisitions menées en Belgique dans une enquête sur un possible blanchiment de revenus miniers ont désormais des répercussions diplomatiques. Kinshasa a restreint les contacts de la présidence avec l’ambassade belge, tandis que la justice poursuit ses investigations sur des accusations visant l’entourage de Félix Tshisekedi.
Le contentieux a quitté les seules salles d’audience pour gagner les relations entre Kinshasa et Bruxelles. Le 14 octobre, des policiers belges ont perquisitionné plusieurs adresses dans la capitale et ses environs, dans le cadre d’une instruction ouverte pour blanchiment présumé. Selon les avocats des plaignants, les investigations concernent des personnes proches du président congolais Félix Tshisekedi. Le parquet fédéral a confirmé les opérations, mais n’a communiqué aucun nom. À ce stade, ni les infractions alléguées ni la responsabilité des personnes citées ne sont établies.
Des revenus miniers au centre des soupçons
À l’origine de la procédure figure une plainte déposée en juillet 2025 par des organisations de la société civile du Katanga, représentées notamment par les avocats Bernard Maingain et Hervé Diakiese. Ces organisations dénoncent un système présumé d’appropriation de recettes liées à l’exploitation du cuivre et du cobalt, au détriment de l’État congolais et des populations locales. Elles soupçonnent une partie de ces revenus d’avoir été transférée puis blanchie en Belgique.
La démarche belge s’explique notamment par la nationalité ou la résidence de certaines personnes évoquées dans la plainte. Les perquisitions visent à rechercher des éléments utiles à l’instruction ; elles ne valent ni inculpation automatique ni preuve de détournement. Le 17 octobre, Hervé Diakiese a salué une avancée judiciaire tout en rappelant que la culpabilité de quiconque reste à démontrer.
Kinshasa resserre ses relations avec Bruxelles
L’affaire a rapidement pris une dimension politique. Dans une note du 15 octobre, le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, Anthony Nkinzo Kamole, a interdit jusqu’à nouvel ordre aux membres du cabinet présidentiel tout contact direct ou indirect avec l’ambassade de Belgique à Kinshasa. Les communications indispensables doivent désormais être autorisées et passer par le ministère congolais des Affaires étrangères.
Le chef de la diplomatie belge, Maxime Prévot, a exprimé sa surprise et regretté cette décision. Les relations diplomatiques ne sont toutefois pas rompues : la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a reçu l’ambassadrice belge Roxane de Bilderling. Les motifs précis de la consigne présidentielle n’ont pas été officiellement détaillés.
Un test pour la justice et la gouvernance minière
Cette enquête intervient dans un pays dont les exportations de cuivre et de cobalt occupent une place majeure dans l’économie et les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les accusations d’accaparement de revenus miniers posent la question de leur traçabilité et des retombées effectivement perçues par les communautés des régions productrices. Elles exigent cependant des vérifications judiciaires indépendantes, plutôt que des conclusions politiques anticipées.
Le dossier met désormais deux impératifs à l’épreuve : permettre à la justice belge d’enquêter sans ingérence et préserver des relations bilatérales historiques. La portée des perquisitions dépendra des preuves recueillies, des décisions du magistrat instructeur et des réponses que les personnes concernées pourront apporter. Dans l’immédiat, aucune condamnation ni culpabilité ne peut être déduite des opérations de police.
La Rédaction

