L’intensification des combats a provoqué de nouveaux déplacements à travers le Yémen et vers Djibouti. Alors que les besoins médicaux augmentent, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime désormais à 31 millions de dollars, environ 18,1 milliards de FCFA, le financement immédiat nécessaire pour renforcer sa réponse.
Des familles prises dans une nouvelle vague de déplacements
Plus de 200 000 personnes ont fui leur domicile depuis la reprise des combats, selon les chiffres publiés le 7 octobre par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les départs ont été signalés dans dix gouvernorats, avec Taëz parmi les zones les plus touchées. Plus de 3 700 personnes ont également traversé la mer pour rejoindre Djibouti.
Les bilans évoluent rapidement et ne reposent pas tous sur les mêmes périodes. Au 4 octobre, le suivi de l’OIM comptabilisait 184 000 personnes déplacées depuis le 1er août. Un autre bilan, cité par l’OMS, faisait état de près de 198 000 personnes au 28 septembre, dont certaines avaient dû fuir plus d’une fois. Ces chiffres rendent compte d’une crise qui s’étend, mais ne doivent pas être confondus avec un décompte unique et parfaitement comparable.
Fuir coupe aussi l’accès aux soins
Les combats ne frappent pas seulement les personnes blessées. Quand une famille quitte précipitamment son domicile, elle peut perdre l’accès à un centre de santé, à ses médicaments ou au suivi d’une maladie chronique. Les femmes enceintes et les jeunes enfants ont aussi besoin de soins réguliers, de vaccination et de services nutritionnels, parfois loin des zones où les équipes médicales peuvent intervenir.
Selon les informations de l’OMS relayées le 7 octobre, moins de 1 % des personnes déplacées avaient reçu des services de santé la semaine précédente. Près de la moitié des établissements situés dans les zones touchées par les combats manquaient de partenaires pour les soutenir. Le manque de capacités concerne notamment les soins aux blessés et les consultations ambulatoires. Au 2 octobre, les autorités sanitaires avaient signalé 959 morts et 4 207 blessés dans dix gouvernorats.
Les risques s’étendent aux sites d’accueil. La promiscuité, l’accès limité à l’eau sûre et l’interruption de la vaccination peuvent favoriser la propagation de maladies. L’OMS indique que les cas de choléra ont triplé en trois semaines, avec des infections signalées dans des camps de déplacés. La dengue et le paludisme sont également en hausse. Ces alertes surviennent alors que plus de 22 000 cas suspects de rougeole et 128 décès ont été rapportés au Yémen en 2026.
Un appel financier en forte hausse
Face à l’aggravation des besoins, l’OMS a relevé son financement immédiat requis de 9 à 31 millions de dollars, soit environ 18,1 milliards de FCFA. Elle demande en outre 700 000 dollars, près de 409 millions de FCFA, pour la réponse aux réfugiés à Djibouti. Ces montants doivent permettre de renforcer les soins d’urgence, la prise en charge des blessés, la lutte contre les épidémies et les services essentiels destinés aux familles déplacées.
Un bilan antérieur de l’OMS faisait état de 2 millions de dollars mobilisés sur les 9 millions alors demandés. Une mise à jour publiée en octobre mentionne 3,78 millions reçus du Fonds central d’intervention d’urgence de l’ONU et de l’aide humanitaire européenne, ainsi qu’un déblocage supplémentaire de 490 000 dollars par le fonds d’urgence de l’OMS. Ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, de calculer le solde exact de l’appel révisé à 31 millions.
Financer la réponse ne suffit pas
L’argent doit permettre de maintenir des équipes, d’acheminer les médicaments et de rétablir des parcours de soins. Mais les combats et les restrictions d’accès compliquent les déplacements des humanitaires, tandis que certaines zones de première ligne restent dépourvues de capacités suffisantes de stabilisation des blessés. L’OMS signalait aussi des interruptions de services de maternité à Marib et dans le secteur de Ras Al-Arah, dans le gouvernorat de Lahj.
La crise yéménite révèle ainsi un enchaînement concret : les combats provoquent des déplacements, qui éloignent les familles des soins, tandis que le manque de financement et les difficultés d’accès réduisent la capacité d’intervention. Pour les personnes déplacées, l’urgence ne se limite donc pas à trouver un abri. Elle consiste aussi à pouvoir recevoir rapidement un traitement, accoucher en sécurité, vacciner un enfant ou éviter qu’une maladie ne devienne mortelle.
La Rédaction

