La Cour de justice de la CEDEAO renouvelle l’intégralité de son collège. Cinq nouveaux magistrats ont prêté serment mardi 6 octobre à Abuja pour un mandat unique de quatre ans. Au-delà du changement de juges, leur arrivée intervient à un moment où l’organisation régionale cherche à conforter la confiance des citoyens dans ses institutions et dans l’autorité du droit communautaire.
Une nouvelle page judiciaire s’ouvre au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Devant Bassirou Diomaye Faye, président sénégalais et président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, cinq magistrats ont officiellement pris leurs fonctions à la Cour de justice communautaire.
Désiré Henri Aihou du Bénin, Awa Bah de Gambie, Charlyne M. Brumskine du Liberia, Henrietta Uzoamaka Didigu du Nigeria et Yaouza Ouro-Sama du Togo composent désormais la juridiction. Nommés le 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, ils disposent d’un mandat de quatre ans non renouvelable.
Une Cour entièrement renouvelée
Le changement est important : les cinq sièges de la Cour sont renouvelés simultanément. Les nouveaux magistrats devront prochainement élire parmi eux un président et un vice-président pour deux ans.
La Cour occupe une place particulière dans l’architecture régionale. Elle interprète et applique le droit communautaire, tranche les affaires relevant de sa compétence et peut être directement saisie par des particuliers dans les contentieux relatifs aux droits humains.
Son influence dépasse donc les différends entre États. Ses décisions peuvent placer des citoyens face à leur propre gouvernement devant une juridiction supranationale, donnant une dimension concrète à l’intégration régionale.
L’indépendance comme condition de la confiance
C’est précisément sur ce terrain que Bassirou Diomaye Faye a placé la responsabilité des nouveaux juges. Il leur a demandé d’exercer leur mandat avec impartialité, intégrité et indépendance, sans céder aux pressions.
Le message intervient dans un contexte régional marqué par des crises sécuritaires, des tensions politiques et des débats sur la gouvernance. Dans cet environnement, l’autorité d’une juridiction communautaire repose autant sur les textes qui fondent ses compétences que sur la confiance accordée à ses décisions.
Cette crédibilité dépend également de leur exécution. Une décision juridiquement forte perd une partie de sa portée lorsque sa mise en œuvre rencontre des résistances dans les États concernés. La Commission de la CEDEAO a d’ailleurs appelé les pays membres à renforcer leur coopération afin que les arrêts de la Cour produisent effectivement leurs effets.
Du Togo au Bénin, une nouvelle génération de magistrats
La présence du Togolais Yaouza Ouro-Sama donne à cette recomposition un intérêt particulier pour le pays. Il siège aux côtés de magistrats issus du Bénin, de la Gambie, du Liberia et du Nigeria, dans une juridiction où chaque juge est appelé à exercer ses fonctions indépendamment de son État d’origine.
Les cinq magistrats prennent ainsi leurs fonctions avec une responsabilité qui dépasse le fonctionnement interne de la Cour. Ils devront contribuer à rendre la justice communautaire plus accessible et à conforter son autorité auprès des populations.
Pour la CEDEAO, l’enjeu est majeur : l’intégration régionale ne se mesure pas seulement à la libre circulation ou aux accords économiques. Elle se mesure aussi à la capacité des citoyens à croire qu’au-dessus des intérêts nationaux existe un droit communautaire susceptible d’être appliqué avec indépendance et équité.
La Rédaction
Sources : Cour de justice de la CEDEAO, 6 octobre 2026 ; Ghana News Agency, 6 octobre 2026 ; déclarations de Bassirou Diomaye Faye lors de la prestation de serment à Abuja.

