Aux Comores, une nouvelle loi réserve certaines activités commerciales aux nationaux d’origine. Présentée comme une mesure de justice sociale destinée à protéger les petits entrepreneurs, elle suscite l’inquiétude des commerçants étrangers, particulièrement malgaches. Au-delà de la concurrence économique, le texte soulève une question sensible : celle de l’accès au travail et de l’égalité entre citoyens.
Au marché de Volo Volo, à Moroni, l’inquiétude gagne une partie des commerçants étrangers. Adoptée en juillet 2026, une nouvelle législation sur le commerce intérieur prévoit de réserver certaines activités aux Comoriens d’origine. Bien que son application effective demeure en suspens, elle menace de bouleverser les moyens de subsistance de nombreux petits entrepreneurs installés dans l’archipel.
Parmi eux figurent des ressortissants malgaches qui vivent du commerce de détail et soutiennent financièrement leurs familles restées à Madagascar. La communauté malgache aux Comores est estimée à quelque 20 000 personnes, sans que toutes soient nécessairement concernées par les restrictions prévues.
Une protection économique qui divise
Les défenseurs de la réforme invoquent la nécessité de préserver les activités accessibles aux petits entrepreneurs comoriens. Selon cette logique, les investissements étrangers devraient prioritairement se diriger vers les secteurs nécessitant des capitaux importants ou des compétences insuffisamment disponibles localement.
Cette orientation traduit une volonté de réserver une partie des débouchés économiques à la population nationale. Mais elle pose aussi la question du devenir des commerçants étrangers déjà établis, parfois depuis plusieurs années, dont les revenus reposent sur des activités désormais susceptibles d’être interdites.
Une restriction brutale pourrait fragiliser ces ménages, réduire leurs capacités à soutenir leurs proches et perturber certains circuits commerciaux locaux.
La nationalité au cœur de la controverse
La portée du texte dépasse cependant la seule question des étrangers. En réservant certaines activités aux Comoriens d’origine, la législation soulève également des interrogations concernant les citoyens ayant acquis la nationalité par naturalisation.
Cette distinction introduit un débat sur l’égalité des droits économiques entre citoyens. Elle rend la réforme particulièrement sensible, car la protection du commerce national ne concerne plus uniquement les conditions d’installation des investisseurs étrangers, mais aussi les possibilités d’entreprendre offertes à différentes catégories de Comoriens.
La controverse s’inscrit dans un contexte régional où plusieurs pays cherchent à protéger certains métiers de proximité. Toutefois, les objectifs de développement économique doivent être conciliés avec la sécurité juridique des personnes déjà engagées dans ces activités.
Trouver un équilibre durable
Pour les autorités comoriennes, l’enjeu sera de préciser les métiers concernés, les modalités d’application et les éventuelles mesures transitoires. Ces dispositions détermineront largement les conséquences réelles de la réforme sur les commerçants et les marchés.
La protection des petites entreprises nationales peut répondre à des préoccupations économiques légitimes. Mais son efficacité dépendra aussi de sa capacité à favoriser l’entrepreneuriat sans provoquer une précarisation supplémentaire.
Aux Comores, le débat dépasse ainsi la défense du commerce local. Il interroge la manière dont un État peut soutenir ses entrepreneurs tout en préservant les droits, les activités et la contribution économique de ceux qui vivent déjà sur son territoire.
La Rédaction

