Accusé de violences sexuelles par plusieurs femmes, le cardinal Cristóbal López Romero a annoncé son retrait temporaire des activités pastorales pendant l’enquête ouverte par le Vatican. L’affaire place une nouvelle fois l’Église catholique au Maroc face à la question de la gestion des accusations d’abus au sein du clergé.
Rabat – Une figure de l’Église catholique dans la tourmente
L’archevêque de Rabat, le cardinal espagnol Cristóbal López Romero, a annoncé mardi sa mise en retrait après l’ouverture d’une enquête par le Vatican à la suite d’accusations de violences sexuelles formulées par plusieurs femmes.
Le prélat de 74 ans, installé au Maroc depuis 2018, ne présidera plus de célébrations publiques et cessera temporairement ses activités pastorales pendant la durée des investigations. Il affirme vouloir « coopérer pleinement » avec les enquêteurs tout en rejetant les accusations portées contre lui.
Cristóbal López Romero assure n’avoir commis « ni agression, ni violence, ni harcèlement sexuel ». À ce stade, aucune plainte n’a été déposée auprès de la justice marocaine, l’affaire étant actuellement traitée dans le cadre d’une procédure interne au sein de l’Église.
Des témoignages transmis au Vatican
Les accusations ont émergé à travers plusieurs témoignages adressés aux autorités ecclésiastiques. Une femme engagée dans la communauté catholique au Maroc affirme avoir subi des agressions sexuelles répétées à partir de la fin de l’année 2024.
Selon son témoignage, elle aurait signalé les faits dans un premier temps à des responsables de l’Église locale avant d’adresser un courrier à la nonciature apostolique, qui représente le Vatican au Maroc.
Un autre témoignage transmis aux autorités religieuses fait état de gestes physiques jugés déplacés et d’un comportement perçu comme une tentative de rapprochement non consentie.
Ces signalements ont conduit le Vatican à ouvrir une enquête afin d’établir les circonstances précises des faits rapportés.
Un cardinal au parcours international
Cristóbal López Romero occupe une place importante dans le paysage catholique mondial. Membre de la congrégation salésienne, il a été nommé archevêque de Rabat en 2018 avant d’être créé cardinal en 2019 par le pape François.
Son profil en faisait l’une des voix les plus visibles de l’Église catholique dans le dialogue interreligieux et dans les relations entre communautés chrétiennes et musulmanes.
Il avait également été cité parmi les personnalités susceptibles de jouer un rôle dans l’avenir de l’Église lors du conclave ayant suivi la disparition du pape François en 2025.
Cette nouvelle affaire représente donc un épisode sensible pour une institution qui cherche depuis plusieurs années à renforcer ses mécanismes de prévention et de traitement des abus sexuels.
Une Église déjà confrontée à des accusations
L’Église catholique au Maroc n’échappe pas aux difficultés rencontrées par d’autres institutions religieuses à travers le monde. Ces dernières années, plusieurs accusations visant des membres du clergé ont contribué à alimenter le débat sur la protection des personnes vulnérables et la responsabilité des autorités religieuses.
En novembre dernier, un prêtre français avait notamment été soupçonné d’avoir agressé des migrants dans un centre d’accueil à Casablanca, une affaire qui avait également suscité des interrogations sur les dispositifs de contrôle au sein des structures catholiques.
Dans ce contexte, l’enquête visant l’archevêque de Rabat dépasse le seul cas personnel du cardinal. Elle remet au centre des discussions la capacité de l’Église à garantir la transparence, l’écoute des victimes présumées et l’indépendance des procédures internes.
Le Vatican face à un enjeu de crédibilité
En décidant l’ouverture d’une enquête et le retrait temporaire du cardinal, le Vatican applique une démarche devenue plus fréquente depuis plusieurs années face aux accusations d’abus impliquant des responsables religieux.
L’objectif est double : établir la vérité sur les faits signalés et préserver la confiance des fidèles comme des communautés concernées.
Pour l’Église catholique au Maroc, où la communauté chrétienne reste minoritaire mais joue un rôle important dans le dialogue social et interreligieux, cette affaire constitue une épreuve majeure.
Les conclusions de l’enquête du Vatican seront désormais déterminantes pour établir les responsabilités éventuelles et définir les suites à donner à cette affaire.
La Rédaction

