En Afrique de l’Ouest et de l’Est, les conflits ne se contentent pas de détruire les récoltes ou de déplacer les agriculteurs. Ils entraînent un recul mesurable des terres cultivées, fragilisant durablement la production alimentaire. Une étude scientifique internationale révèle l’ampleur de cette érosion agricole, particulièrement préoccupante dans des régions déjà exposées à l’insécurité alimentaire.
La guerre laisse aussi des traces dans les paysages agricoles. Derrière les déplacements de populations, les violences et la destruction des infrastructures, une autre conséquence se dessine : des champs cessent d’être cultivés, parfois sur de vastes territoires. Ce phénomène, difficile à mesurer à partir des seules statistiques agricoles nationales, apparaît désormais plus clairement grâce à l’observation satellitaire.
Publiée le 24 septembre 2026 dans Nature Food, une étude portant sur 155 pays révèle que l’exposition aux conflits armés est associée à une réduction moyenne de 3 % des surfaces cultivées à l’échelle mondiale. Le phénomène est nettement plus prononcé en Afrique de l’Ouest, où la baisse atteint environ 10,2 %, et en Afrique de l’Est, avec 6,4 %.
Une géographie agricole bouleversée par les violences
Les chercheurs ont confronté des cartes annuelles des terres cultivées, établies à une résolution de 30 mètres, à plus de 460 000 événements violents recensés entre 2000 et 2020. En comparant les territoires affectés à des zones présentant des caractéristiques similaires, ils constatent une perte supplémentaire de 23,7 % des surfaces cultivées dans les espaces touchés.
Trois grands foyers africains ressortent de l’analyse : l’ensemble Éthiopie–Soudan, la région des Grands Lacs et une vaste zone reliant le Nigeria, le Bénin, le Burkina Faso et le Mali.
Les mécanismes sont multiples. L’insécurité empêche les agriculteurs d’accéder à leurs parcelles, désorganise les marchés et les approvisionnements, tandis que les déplacements forcés privent certaines communautés de leur main-d’œuvre. Même lorsque les terres ne sont pas physiquement détruites, elles peuvent devenir impossibles à exploiter.
Une menace qui dépasse les récoltes perdues
Les conséquences concernent directement la sécurité alimentaire. Dans l’espace Nigeria–Bénin–Burkina Faso–Mali, les chercheurs estiment que le potentiel de production agricole perdu représenterait l’équivalent des besoins énergétiques annuels minimaux de 19,8 millions de personnes.
Ce chiffre ne correspond pas à une quantité de nourriture effectivement détruite ni à un nombre de personnes directement privées d’alimentation. Il mesure un potentiel productif, mais illustre l’ampleur économique des surfaces soustraites à l’agriculture.
L’étude révèle ainsi une dimension structurelle de l’insécurité alimentaire : les conflits ne perturbent pas uniquement les récoltes d’une saison. Ils peuvent compromettre la continuité des activités agricoles, réduire les revenus ruraux et rendre la reprise de la production plus difficile après les hostilités.
La paix ne suffit pas à restaurer les champs
Ces résultats invitent à intégrer la remise en culture des terres dans les politiques de reconstruction. Le retour des populations déplacées, la sécurisation des parcelles, l’accès aux semences et le rétablissement des circuits commerciaux constituent autant de conditions nécessaires pour reconstruire les capacités agricoles.
Les auteurs soulignent néanmoins certaines limites. Leur analyse repose sur des méthodes statistiques permettant d’approcher les effets des conflits, sans éliminer toutes les incertitudes. Les données s’arrêtent en 2020 et ne prennent donc pas en compte plusieurs escalades militaires récentes.
Pour l’Afrique, l’enseignement dépasse la seule question humanitaire. En faisant reculer les surfaces cultivées, les conflits affaiblissent aussi les fondements économiques de la sécurité alimentaire. La reconstruction ne consiste donc pas seulement à réparer les infrastructures détruites, mais également à rendre aux populations la possibilité de cultiver leurs terres.
La Rédaction
Sources : Nature Food, étude originale publiée le 24 septembre 2026 sur les effets des conflits armés sur les surfaces cultivées dans 155 pays, données 2000–2020.

