Dans un village éloigné d’un centre de santé, la réponse à un problème sanitaire ne commence pas nécessairement par un médecin ou un infirmier. Elle peut commencer auprès d’un agent issu de la communauté, capable de reconnaître un danger, d’assurer certains soins, d’orienter un malade ou de détecter les premiers signes d’une épidémie. En intégrant l’initiative panafricaine REACH, le Togo s’inscrit dans une évolution qui cherche précisément à donner davantage de poids à cette première ligne sanitaire.
Portée par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC), en partenariat avec Africa CDC, l’initiative Resilient and Empowered African Community Health (REACH) doit progressivement s’étendre aux 55 États membres de l’Union africaine.
Son principe n’est pas de construire un système parallèle aux centres de santé. Il consiste au contraire à mieux recruter, former, équiper, superviser et intégrer les agents communautaires aux systèmes publics. REACH prévoit notamment des équipements de protection, du matériel de premiers secours et un accompagnement des ministères de la Santé.
Rapprocher le système de santé plutôt que seulement les malades
Cette approche inverse en partie la logique traditionnelle de l’accès aux soins. Lorsque la distance, le coût du déplacement ou l’insuffisance des personnels éloignent une population d’une structure sanitaire, il ne s’agit plus uniquement de demander au patient de rejoindre le système : une partie des services peut être rapprochée de son lieu de vie.
Les agents communautaires peuvent intervenir dans la prévention, favoriser la vaccination, surveiller certaines menaces sanitaires ou orienter rapidement les personnes nécessitant une prise en charge. Le principe de transfert de tâches permet également de leur confier certaines missions jusque-là assurées par des personnels plus qualifiés, sous réserve d’une formation et d’un encadrement adaptés.
L’Afrique dispose déjà d’environ sept agents communautaires pour 10 000 habitants, selon Africa CDC. Mais leur situation reste très hétérogène : reconnaissance professionnelle, rémunération, équipement et intégration dans les systèmes nationaux varient fortement d’un pays à l’autre.
Le véritable enjeu sera leur place dans le système
Le Togo ne part pas de zéro. Son Plan national de développement sanitaire 2023-2027 reconnaît les agents de santé communautaire et les relais communautaires dans la planification des ressources humaines sanitaires.
REACH peut donc renforcer un dispositif existant plutôt que créer une nouvelle catégorie d’intervenants. Mais l’efficacité dépendra moins du nombre de personnes formées que de leur insertion réelle dans la chaîne sanitaire : missions clairement définies, supervision, équipements, transmission des informations et continuité du financement.
Cette question dépasse d’ailleurs le Togo. L’Union africaine vise deux millions d’agents de santé communautaire à l’horizon 2030, alors qu’Africa CDC en recensait environ un million à l’échelle continentale.
L’enjeu n’est donc plus seulement d’envoyer davantage d’agents dans les communautés. Il est de faire en sorte que celui qui intervient au bout de la piste soit pleinement relié au centre de santé, et que le premier maillon ne soit plus le maillon faible du système.
La Rédaction
Sources : IFRC ; Africa CDC ; ministère de la Santé du Togo.

