Lorsque le niveau du barrage de la Kozah a fortement baissé fin 2025, Kara a découvert la vulnérabilité de son système d’alimentation en eau : une ressource insuffisante pouvait rapidement devenir une crise urbaine. Le projet de 27 milliards de FCFA lancé cette semaine prend dès lors une autre dimension. Au-delà de l’extension du réseau, il doit diversifier les ressources et rendre l’approvisionnement moins dépendant d’un barrage exposé aux aléas pluviométriques.
L’épisode de 2025 donne la mesure du problème. Après une saison des pluies insuffisante, le niveau du barrage de la Kozah avait fortement diminué. En janvier 2026, le ministère chargé de l’Eau indiquait que sa hauteur était descendue à 8 mètres, contre 16 mètres un an auparavant. La production quotidienne avait alors chuté d’environ 11 000 à 3 000 m³, affectant Kara mais également plusieurs localités environnantes.
Des forages avaient été récupérés, réhabilités ou raccordés au réseau pour répondre à l’urgence. Mais cette stratégie ne pouvait constituer qu’une réponse transitoire à une faiblesse plus ancienne : une grande partie de l’alimentation de Kara repose historiquement sur le système du barrage de la Kozah.
Chercher l’eau au-delà de la Kozah
Le nouveau projet change précisément d’échelle. Le dispositif prévoit de mobiliser notamment les ressources de la rivière Sara, dans les monts de Bafilo, et d’ajouter une nouvelle capacité de traitement. La station annoncée pourra traiter 500 m³ par heure, tandis qu’un château d’eau de 5 000 m³ doit renforcer le stockage. Environ 30 kilomètres de conduites d’adduction et 75 kilomètres de réseau de distribution sont également programmés.
L’objectif annoncé est de faire passer la capacité de production de 12 000 à 22 000 m³ par jour et de porter le taux d’accès à l’eau potable à Kara de 50 % à 75 %. Plus de 200 000 personnes devraient être concernées par les nouvelles infrastructures.
Ces chiffres montrent que le chantier répond à deux problèmes différents. Il faut produire davantage pour accompagner les besoins d’une ville en expansion, mais aussi sécuriser cette production lorsque l’une des ressources disponibles devient insuffisante.
Une infrastructure ancienne face à de nouveaux besoins
Cette vulnérabilité n’est pas récente. Le système du Grand Kara remonte à la fin des années 1970. Un plan d’investissement de la SP-EAU relevait déjà le vieillissement de plusieurs équipements et l’insuffisance des capacités face à l’évolution de la demande. Le barrage de la Kozah, construit en 1979 selon une monographie régionale officielle, reste un ouvrage central pour Kara et plusieurs localités voisines.
Le problème est désormais aggravé par la variabilité des précipitations. Une infrastructure dimensionnée autour d’une ressource de surface devient particulièrement vulnérable lorsque le remplissage du barrage varie fortement d’une année à l’autre.
C’est pourquoi les 27 milliards de FCFA mobilisés conjointement par le Togo, la Banque islamique de développement et le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe ne devront pas être évalués uniquement au nombre de nouveaux branchements réalisés.
Le véritable indicateur sera la continuité du service, particulièrement pendant les mois où la ressource se raréfie.
Pour Kara, l’enjeu n’est donc plus seulement d’avoir davantage d’eau lorsque les conditions sont favorables, mais de disposer d’un système capable de continuer à en fournir lorsque la saison sèche met ses ressources sous pression. Après la crise hydrique de 2025, c’est cette sécurité d’approvisionnement que le nouveau chantier devra démontrer.
La Rédaction
Sources : ministère chargé de l’Eau et de l’Assainissement ; SP-EAU ; République Togolaise.

