La nouvelle campagne de commercialisation du café et du cacao s’ouvre ce jeudi 1er octobre au Togo avec un paradoxe à résoudre. Alors que la production a progressé durant la saison écoulée, les volumes officiellement exportés ont fortement reculé. Derrière les nouveaux prix proposés aux producteurs se joue donc une bataille plus large : conserver les récoltes dans les circuits réguliers, assurer leur traçabilité et capter davantage de valeur avant qu’elles ne quittent le pays.
Le contraste est suffisamment important pour déplacer le débat. Lors de la campagne 2025-2026, les exportations enregistrées par le Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) sont tombées à 2 576 tonnes de café et 8 841 tonnes de cacao. Un an auparavant, elles atteignaient respectivement 4 400 et 24 000 tonnes.
Dans le même temps, les données communiquées lors du bilan de campagne font état d’une progression de la production, estimée à 30 472 tonnes pour le café (+2,5 %) et 23 084 tonnes pour le cacao (+7 %). Cette évolution opposée entre production et exportations officielles constitue l’un des principaux signaux d’alerte de la filière.
Entre le champ et l’exportation, une partie de la filière échappe au contrôle
Les autorités ont notamment identifié la contrebande parmi les facteurs susceptibles d’expliquer ce décrochage. Dans le Litimé, importante zone cacaoyère frontalière du Ghana, le gouvernement signale l’intervention d’opérateurs non enregistrés. Le phénomène ne représente pas seulement un manque à gagner : il perturbe également la formation des prix et complique le suivi de l’origine des produits.
Cette question devient d’autant plus stratégique que les marchés internationaux renforcent leurs exigences de traçabilité. Pour le cacao notamment, le Togo poursuit le recensement des producteurs, la géolocalisation des plantations et la construction d’un système national permettant de suivre les fèves depuis leur zone de production.
Une récolte qui sort des circuits contrôlés représente donc désormais une double perte : elle échappe aux statistiques et aux recettes formelles, mais peut aussi fragiliser la capacité du pays à démontrer l’origine de ses produits auprès des acheteurs internationaux.
Le prix ne suffira pas à sécuriser la campagne
Au démarrage de la nouvelle campagne, le CCFCC affiche un cours de 1 300 FCFA le kilogramme pour le café Robusta et de 2 240 FCFA pour le cacao de qualité supérieure.
Ces niveaux comptent directement pour les producteurs, après plusieurs années de fortes variations des cours. Mais le prix ne réglera pas, à lui seul, les faiblesses révélées par la campagne précédente. La compétitivité se jouera également sur la qualité, la transparence des transactions, le contrôle des acheteurs et la capacité à maintenir les récoltes dans les circuits déclarés.
Le Togo cherche parallèlement à retenir davantage de valeur sur son territoire. Deux centres de traitement post-récolte du cacao ont notamment été ouverts cette année à Kessibo-Abrewankor et Mpoti-Blitta, tandis que les autorités encouragent la transformation locale du café et du cacao.
La campagne qui commence ce 1er octobre sera ainsi moins une course aux volumes qu’un test de maîtrise de la chaîne de valeur. Après une saison durant laquelle production et exportations ont évolué dans des directions opposées, l’enjeu est désormais de savoir quelle part du café et du cacao produits au Togo pourra être tracée, commercialisée officiellement et mieux valorisée dans le pays.
La Rédaction
Sources : Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) ; ministère de l’Économie et de la Veille stratégique ; Togo First.

