Et si la souveraineté sanitaire consistait aussi à rendre progressivement certaines organisations internationales moins nécessaires ? Porté par le président ghanéen John Mahama, l’Accra Reset propose une transformation profonde du financement de la santé : davantage de décisions, de ressources et de capacités au niveau des pays et des régions, jusqu’à permettre, à terme, la consolidation ou la disparition de certaines institutions mondiales devenues moins indispensables.
Pendant des décennies, une partie importante des programmes sanitaires africains a reposé sur des financements, des médicaments, des vaccins ou des dispositifs conçus et administrés avec l’appui d’organisations internationales. L’Accra Reset part désormais d’un constat : cette architecture est devenue vulnérable.
Selon son rapport A Sovereign Future for Health, les financements extérieurs consacrés à la santé en Afrique ont chuté de près de 70 % entre 2021 et 2025. Les réductions brutales de l’aide internationale ont ainsi exposé la fragilité de systèmes dont certaines fonctions essentielles restent tributaires de décisions prises à l’étranger.
Financer davantage ce que l’État doit garantir
L’Accra Reset ne propose pas la disparition de la coopération internationale. Il veut en modifier la fonction. Les ressources nationales devraient progressivement constituer le socle des responsabilités essentielles de l’État, tandis que l’argent extérieur serait davantage réservé aux transitions, au renforcement des capacités, aux urgences, aux situations de fragilité et aux biens publics mondiaux.
Dans un délai d’un an, les pays sont notamment invités à élaborer des plans nationaux de santé pluriannuels associant ministères de la Santé, des Finances et de la Planification. L’objectif est de connaître précisément les ressources disponibles, les besoins non financés et la trajectoire permettant de réduire la dépendance extérieure.
Cette souveraineté comporte cependant une contrepartie. John Mahama insiste sur le fait que déplacer le pouvoir des conseils d’administration internationaux vers des administrations nationales peu responsables ne constituerait pas un progrès. Autonomie financière, transparence budgétaire et responsabilité politique doivent donc avancer ensemble.
Des organisations mondiales appelées à se transformer
La proposition la plus radicale concerne l’architecture internationale elle-même. L’Accra Reset propose d’appliquer une logique dite des « 4C » : s’engager, collaborer, consolider et fermer.
Sont notamment concernés Gavi, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Unitaid ainsi que les mécanismes de financement de la santé hébergés par la Banque mondiale. Certains partenariats spécialisés, comme ONUSIDA, Stop TB ou Roll Back Malaria, pourraient également être restructurés ou regroupés lorsque le maintien d’organisations séparées ne serait plus justifié.
Il ne s’agit toutefois pas de fermer brutalement ces institutions. Le rapport envisage des transitions de cinq à dix ans, avec transfert préalable de leurs fonctions vers les pays ou les structures régionales capables de les reprendre.
L’Organisation mondiale de la santé occupe une place différente. Ses fonctions normatives, scientifiques et de coordination mondiale doivent être préservées, tout comme les dispositifs nécessaires aux urgences sanitaires et aux biens publics mondiaux.
Produire autant que décider
La souveraineté sanitaire se jouera enfin dans la capacité matérielle du continent. L’Afrique supporte environ un quart de la charge mondiale de morbidité mais produit encore moins de 1 % des vaccins qu’elle utilise. Une dépendance qui ne peut être corrigée uniquement par des changements institutionnels.
Il faut également développer la fabrication de vaccins et de médicaments, les achats régionaux, les systèmes réglementaires, la recherche et les capacités de financement. Les initiatives soutenant la production vaccinale africaine s’inscrivent déjà dans cette direction.
Le véritable changement proposé par l’Accra Reset se trouve donc moins dans la fermeture éventuelle de quelques organisations que dans l’inversion de la logique qui les a rendues indispensables. L’aide extérieure continuerait d’exister, mais elle ne devrait plus constituer l’ossature permanente des systèmes sanitaires.
L’ambition est considérable : faire en sorte que la solidarité internationale cesse d’être synonyme de dépendance. Pour l’Afrique, l’après-aide ne pourra cependant commencer que lorsque les États seront capables de financer davantage leur santé, les régions de produire davantage de ce qu’elles consomment et les gouvernements d’assumer pleinement les décisions qu’ils réclament aujourd’hui.
La Rédaction
Sources : Accra Reset, A Sovereign Future for Health ; Health Policy Watch ; Gouvernement du Ghana.

