Le 23 septembre rappelle que les langues des signes ne sont pas de simples outils d’assistance. Langues à part entière, elles conditionnent l’accès de millions de personnes sourdes à l’éducation, à l’information et à une pleine participation à la société.
Parler avec les mains, le regard, les expressions du visage et l’espace ne constitue pas une version simplifiée de la parole. Les langues des signes possèdent leurs propres structures linguistiques et grammaticales, distinctes de celles des langues parlées.
C’est cette réalité que la Journée internationale des langues des signes, célébrée chaque 23 septembre, entend mieux faire connaître. Proclamée en 2017 par l’Assemblée générale des Nations unies, elle a été célébrée pour la première fois en 2018. La date choisie correspond à la fondation, le 23 septembre 1951, de la Fédération mondiale des sourds.
Selon cette organisation, environ 70 millions de personnes sourdes vivent dans le monde et plus de 80 % d’entre elles se trouvent dans des pays en développement. Ensemble, les communautés sourdes utilisent plus de 300 langues des signes différentes.
Plus de 300 langues, et non une langue universelle
L’une des idées reçues les plus persistantes consiste à imaginer qu’une personne sourde togolaise, japonaise ou brésilienne utilise nécessairement la même langue.
Il n’existe pourtant pas une langue des signes universelle. Les différentes langues se sont développées dans des contextes linguistiques et culturels particuliers. Une langue des signes internationale est bien employée lors de certaines rencontres entre personnes de nationalités différentes, mais elle ne remplace pas les langues nationales ou locales.
Cette diversité explique pourquoi leur reconnaissance constitue aussi une question culturelle. La Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées reconnaît d’ailleurs les langues des signes sur un pied d’égalité avec les langues parlées et demande aux États d’en faciliter l’apprentissage et l’utilisation.
De la communication à l’exercice des droits
L’enjeu dépasse largement la possibilité de tenir une conversation. Lorsqu’une personne ne peut pas accéder à une information dans une langue qu’elle comprend, ce sont potentiellement son éducation, ses soins, ses démarches administratives, son accès à la justice ou encore sa participation à la vie publique qui deviennent plus difficiles.
La présence d’interprètes et la formation des professionnels prennent alors une importance particulière dans les écoles, les hôpitaux, les administrations, les tribunaux ou les médias.
L’accès précoce des enfants sourds à une langue adaptée est tout aussi déterminant. Une communication insuffisante durant les premières années peut affecter les apprentissages et renforcer l’isolement. Défendre les langues des signes revient ainsi à défendre l’accès au savoir, à l’information et à l’autonomie.
Au Togo : l’inclusion passe aussi par l’école
Au Togo, l’éducation inclusive constitue l’un des espaces où cette question prend une dimension très concrète. Les statistiques nationales de l’année scolaire 2024-2025 recensent dans le primaire 780 élèves malentendants et 739 élèves sourds, filles et garçons confondus.
Ces chiffres montrent que l’accessibilité linguistique ne relève pas uniquement d’un principe international. Elle concerne directement des enfants scolarisés dans le pays et pose la question des conditions nécessaires pour leur permettre d’apprendre dans de bonnes conditions.
Le ministère chargé de l’Éducation souligne notamment, dans le cadre de sa coopération avec Handicap International, l’importance de faciliter l’apprentissage de la langue des signes, de promouvoir l’identité linguistique des personnes sourdes et d’adapter les modes de communication aux besoins des enfants.
L’inclusion scolaire ne consiste donc pas uniquement à accueillir un enfant sourd dans une salle de classe. Elle suppose également que l’enseignement et l’environnement scolaire lui permettent réellement de comprendre, d’apprendre, de communiquer et de participer.
En Afrique : rendre les services essentiels réellement accessibles
L’enjeu est considérable sur un continent où les difficultés d’accès aux services spécialisés, aux interprètes et à une éducation adaptée peuvent être particulièrement importantes.
La reconnaissance des langues des signes progresse dans plusieurs pays, mais la reconnaissance juridique ne suffit pas lorsque les services publics demeurent difficilement accessibles. La formation d’interprètes, l’adaptation des programmes scolaires, l’accessibilité des médias et des informations de santé ou d’urgence restent déterminantes.
Le numérique apporte également de nouvelles possibilités, notamment grâce aux contenus vidéo et aux outils de communication à distance. Mais là encore, la technologie ne produit une véritable inclusion que lorsque l’accessibilité est intégrée dès la conception des services.
Faire de la langue des signes une langue visible
Le 23 septembre porte finalement un message qui dépasse le handicap. Une langue existe pleinement lorsqu’elle peut être utilisée à l’école, dans les médias, devant une administration, dans un établissement de santé ou au cœur de la vie culturelle.
Rendre les langues des signes visibles signifie donc reconnaître les personnes qui les utilisent comme des citoyens disposant des mêmes droits linguistiques et du même droit à l’information que les autres.
Une société véritablement accessible ne demande pas seulement aux personnes sourdes de s’adapter au monde qui les entoure. Elle veille aussi à ce que ce monde puisse communiquer avec elles.
La Rédaction

