À peine installé dans le paysage politique sénégalais, Kiiraay accélère sa conquête du terrain. Le parti de Bassirou Diomaye Faye attire des élus issus de l’Alliance pour la République (APR), l’ancienne formation au pouvoir. Les derniers ralliements enregistrés à Fatick montrent surtout comment le nouveau parti présidentiel cherche à transformer des défections individuelles en véritable implantation territoriale.
Sept maires supplémentaires viennent de franchir le pas à Fatick. Le symbole est difficile à ignorer : cette région reste étroitement associée à Macky Sall, qui fut lui-même maire de la ville de Fatick avant son accession à la présidence.
Youssou Diome à Diolior, Abdoulaye Ndiaye à Diaoulé, Aïssatou Ndiaye à Djilasse, Mame Singui Sarr à Palmarin, Demba Diouf à Ngayokhème, Niokhor Ndour à Mbellakadiao et Sidiya Diouf à Loul Sessène ont rencontré Aminata Touré, superviseure générale de Kiiraay, pour réaffirmer leur soutien à Bassirou Diomaye Faye et leur adhésion à sa formation.
Le mouvement dépasse désormais la succession de ralliements personnels. Kiiraay récupère une partie d’un réseau d’élus locaux que l’APR avait mis des années à constituer.
Construire rapidement un parti de territoire
Bassirou Diomaye Faye part avec une difficulté particulière : son parti est neuf. Kiiraay, Les Patriotes républicains n’a été officiellement lancé que le 25 juillet 2026, après la transformation de la coalition Diomaye Président. Sa constitution a néanmoins agrégé dès le départ 437 partis et mouvements, selon les responsables de la nouvelle formation.
Créer une organisation nationale est une chose. Disposer de relais capables de la faire vivre dans les communes en est une autre.
Les maires constituent précisément ce raccourci territorial. Ils disposent déjà d’équipes, de réseaux politiques locaux et d’une connaissance de leurs communes. Leur arrivée permet ainsi à une formation récente de s’implanter sans attendre plusieurs années de construction militante.
C’est aussi ce qui donne aux départs de l’APR une portée supérieure à leur simple nombre. Selon Oumar Youm, ancien ministre et responsable du parti de Macky Sall, plus de la moitié des quelque 400 maires que comptait autrefois l’APR auraient déjà rejoint la mouvance présidentielle. Cette estimation, formulée par un dirigeant de l’APR, témoigne au minimum de l’ampleur de l’érosion reconnue au sein même de l’ancien parti au pouvoir.
Fatick, une prise hautement symbolique
Les sept ralliements récents prennent davantage de relief parce qu’ils interviennent à Fatick. Macky Sall en a été maire à deux reprises et la région demeure l’un de ses principaux territoires politiques. Avec le Fouta, elle reste d’ailleurs présentée comme l’une des zones où les élus locaux demeurent encore majoritairement fidèles à l’ancien président.
Kiiraay ne conquiert donc pas simplement de nouveaux élus : il commence à pénétrer l’un des espaces où l’héritage territorial de l’APR demeure le plus visible.
L’érosion n’emprunte toutefois pas une direction unique. Abdoulaye Seydou Sow, maire de Kaffrine et ancien ministre sous Macky Sall, a lui aussi quitté l’APR en septembre, mais pour créer sa propre organisation, le Pacte républicain. Son départ montre que l’affaiblissement du réseau construit autour de l’ancien pouvoir alimente une recomposition plus large, dont Kiiraay est un bénéficiaire important sans en être l’unique destination.
L’APR avait d’ailleurs dénoncé dès juillet ce qu’elle qualifiait de « débauchage » de ses maires, conseillers municipaux et départementaux. Pour ses responsables, ces transferts relèvent d’une stratégie organisée par le nouveau parti présidentiel. Kiiraay présente au contraire sa construction comme le rassemblement de forces choisissant de rejoindre la nouvelle formation.
Les maires ne transportent pas automatiquement leurs électeurs
Reste une inconnue essentielle. Gagner des élus ne signifie pas nécessairement récupérer les électeurs qui les avaient portés au pouvoir sous une autre bannière.
C’est précisément ce que devront mesurer les prochaines élections locales. Les maires ralliés devront démontrer qu’ils conservent leur assise personnelle une fois séparés de l’APR, tandis que Kiiraay devra convertir une addition de responsables venus d’horizons différents en organisation politique cohérente.
La recomposition en cours touche ainsi directement l’un des principaux héritages de Macky Sall : son maillage territorial. Pendant ses années au pouvoir, l’APR avait accumulé mairies, responsables départementaux et relais locaux. Aujourd’hui, une partie de cette infrastructure politique change de camp.
Pour Kiiraay, le bénéfice est considérable : le jeune parti n’a pas besoin de partir d’une page blanche. Il peut s’appuyer sur des élus déjà implantés pour accélérer sa présence dans le pays. Pour l’APR, l’enjeu est inverse : chaque départ ne retire pas seulement un nom à ses effectifs, mais potentiellement un point d’appui territorial.
À Fatick, où sept maires viennent de rejoindre la nouvelle formation présidentielle, cette bataille du terrain atteint désormais le cœur même de l’ancien dispositif politique de Macky Sall.
La Rédaction
Sources : Agence de Presse Sénégalaise (APS) ; RTS ; presse sénégalaise.

