Face à l’épidémie d’Ebola provoquée par le virus Bundibugyo, la RDC s’engage dans une stratégie inhabituelle : proposer à 20 000 soignants et travailleurs de première ligne un vaccin conçu contre une autre forme du virus Ebola, tout en étudiant son efficacité réelle. Baptisée BRAVO, l’étude doit répondre à une question devenue urgente : ERVEBO peut-il malgré tout offrir une protection contre Bundibugyo ?
La RDC dispose d’un vaccin contre Ebola, mais pas précisément contre le virus responsable de l’épidémie actuelle. ERVEBO a été développé et homologué contre le virus Ebola Zaïre. Or c’est Bundibugyo qui circule actuellement dans l’est du pays.
Aucun vaccin ni traitement spécifiquement homologué contre ce virus n’étant immédiatement disponible, les autorités sanitaires et leurs partenaires ont choisi d’explorer une autre piste : utiliser l’outil existant tout en mesurant scientifiquement ce qu’il peut réellement apporter.
20 000 personnes pour mesurer une protection encore incertaine
Conduite par Médecins Sans Frontières (MSF) et son centre de recherche épidémiologique Epicentre, avec le ministère congolais de la Santé, Africa CDC, l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et plusieurs partenaires scientifiques, l’étude BRAVO ciblera 20 000 travailleurs de première ligne en Ituri et au Nord-Kivu.
Le dispositif doit durer de neuf à douze mois : trois mois seront consacrés à la vaccination, suivis d’au moins six mois d’observation des participants. L’objectif est de produire des données en conditions réelles sur l’utilisation d’ERVEBO et sur son éventuelle efficacité face au virus actuellement en circulation.
L’incertitude est clairement assumée. Des données préliminaires suggèrent qu’ERVEBO pourrait provoquer une réponse immunitaire susceptible d’offrir une certaine protection croisée contre Bundibugyo. Mais ces résultats ne permettent pas encore d’affirmer que cette protection existe réellement chez l’être humain, ni d’en déterminer l’ampleur. Africa CDC souligne ainsi que les éléments disponibles restent limités et ne démontrent pas encore une efficacité clinique.
Protéger sans attendre la preuve parfaite
C’est tout le dilemme auquel sont confrontées les autorités sanitaires. Attendre un vaccin spécifiquement développé contre Bundibugyo laisserait les personnels les plus exposés sans protection vaccinale disponible à grande échelle. Utiliser ERVEBO sans l’étudier empêcherait, à l’inverse, de savoir s’il apporte réellement un bénéfice.
BRAVO tente de concilier ces deux impératifs : intervenir pendant l’urgence tout en produisant les connaissances qui manquent.
Une première allocation de 70 000 doses d’ERVEBO avait été accordée à la RDC en août à partir du stock mondial de vaccins contre Ebola. Sur ce total, 20 000 doses étaient destinées à l’étude clinique et 50 000 à la protection des agents de santé et autres travailleurs de première ligne, conformément aux recommandations formulées dans le contexte de l’épidémie.
Un vaccin qui ne suffira pas à arrêter Ebola
MSF insiste toutefois sur une limite essentielle : même si une protection croisée était démontrée, ERVEBO ne constituerait pas à lui seul une réponse à l’épidémie. La vaccination reste volontaire et vient compléter, et non remplacer, les équipements de protection, les procédures de prévention des infections, la détection rapide des symptômes, l’isolement des cas et le suivi des contacts.
Des vaccins spécifiquement dirigés contre Bundibugyo sont par ailleurs en développement. Mais leur disponibilité prendra du temps, alors que l’épidémie reste active et que les personnels de santé sont quotidiennement exposés.
L’étude BRAVO porte ainsi un enjeu qui dépasse les 20 000 participants congolais. Si une protection croisée d’ERVEBO contre Bundibugyo est démontrée, les autorités sanitaires disposeraient d’un outil immédiatement mobilisable lors de cette épidémie et potentiellement lors de futures flambées. Si elle ne l’est pas, l’étude permettra tout autant de savoir qu’un vaccin conçu contre une forme d’Ebola ne peut être considéré comme une protection contre les autres.
Dans les deux cas, la RDC transforme l’urgence sanitaire en occasion de produire une preuve scientifique qui manque encore.
La Rédaction
Sources : Médecins Sans Frontières (MSF) ; Epicentre ; Africa CDC ; OMS.

