Un centre d’ophtalmologie peut rendre la vue à des patients. Mais pour élargir durablement l’accès aux soins, il faut aussi multiplier les professionnels capables de diagnostiquer, traiter et opérer. À Baguida, la réhabilitation du centre public d’ophtalmologie associe précisément ces deux dimensions : renforcer immédiatement l’offre de soins et devenir un terrain de formation pratique pour les futurs professionnels de la santé oculaire.
À une vingtaine de kilomètres à l’est de Lomé, le centre rénové dispose désormais d’équipements médicaux et chirurgicaux destinés au diagnostic et au traitement de plusieurs affections, notamment la cataracte, le glaucome et les troubles de la réfraction. Cinquante patients atteints de cataracte ou de ptérygion ont déjà été opérés à l’occasion de sa mise en service.
Mais l’intérêt du projet ne se limite pas au nombre de consultations ou d’interventions qui pourront être réalisées à Baguida. La structure doit également accueillir des étudiants en optique et optométrie ainsi que des stages pratiques continus, notamment dans le domaine de la chirurgie de la cataracte.
Soigner davantage suppose aussi de former davantage
Cette double vocation répond à l’une des faiblesses identifiées dans le système togolais de santé oculaire. Le programme national lancé en mai pour renforcer ce secteur pointe notamment l’insuffisance et l’inégale répartition des ressources humaines qualifiées, le déficit d’équipements spécialisés et l’accès encore limité aux soins en dehors de Lomé. Il prévoit notamment des formations longues pour 36 professionnels et des formations spécialisées de courte durée pour 51 autres.
Baguida prend dès lors une autre dimension. Un appareil de diagnostic ou un bloc chirurgical répond à un besoin immédiat. Lorsqu’ils servent également à former des professionnels, leur effet peut se prolonger bien au-delà des patients reçus dans l’établissement.
L’enjeu est particulièrement important pour la cataracte. Selon l’enquête nationale RAAB réalisée en 2024, elle représente 61,7 % des cas de cécité chez les personnes âgées de 50 ans et plus dans le sud du pays et 66,5 % dans le nord. Environ 60 000 yeux nécessiteraient encore une intervention chirurgicale.
Le paradoxe est connu : la cataracte peut être traitée chirurgicalement, mais l’existence du traitement ne garantit pas son accessibilité. Il faut encore pouvoir être dépisté, atteindre une structure équipée et trouver une équipe capable d’intervenir.
Faire du centre un multiplicateur de compétences
La rénovation de Baguida, financée par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et Christian Blind Mission (CBM), s’inscrit dans un programme de renforcement des structures sociales au Togo pour la période 2024-2026. Le centre doit contribuer à la prise en charge des adultes, mais également des enfants, tout en soutenant la formation.
Cette orientation rejoint une stratégie nationale qui cherche désormais à agir simultanément sur les infrastructures, les équipements et les ressources humaines. Le projet de renforcement de la santé oculaire lancé cette année prévoit ainsi, sur quatre ans, 30 000 consultations, 4 000 chirurgies de la cataracte, dix ateliers optiques et le développement des compétences professionnelles.
C’est dans cette articulation que Baguida peut trouver sa véritable valeur. Le nombre de patients accueillis permettra de mesurer son activité immédiate. Sa contribution à la formation dira davantage sur son impact à long terme.
Car un centre spécialisé soigne d’abord ceux qui viennent jusqu’à lui. Un centre qui transmet des compétences peut aussi améliorer, demain, la prise en charge de patients situés bien au-delà de ses murs.
La Rédaction

