Une centaine de nouveaux cas par an peut sembler relativement peu à l’échelle d’un pays. Mais un autre chiffre change la lecture de la lèpre au Togo : environ six malades sur dix présentent des séquelles physiques visibles. Derrière une maladie devenue peu fréquente se dessine ainsi un défi plus difficile à résoudre : repérer les personnes atteintes avant que l’infection n’endommage durablement leur corps.
Le Togo a considérablement réduit la présence de la lèpre au fil des années. La maladie n’a pourtant pas disparu. De nouveaux cas continuent d’être identifiés dans différentes localités, obligeant le système de santé à maintenir une surveillance alors même que sa faible incidence peut progressivement la rendre moins familière aux populations, mais aussi aux personnels soignants.
C’est précisément là que se situe l’un des risques. Lorsqu’une maladie devient rare, la reconnaître rapidement peut devenir plus difficile. Une lésion cutanée inhabituelle, une zone devenue insensible ou une atteinte nerveuse peuvent être négligées, mal interprétées ou conduire tardivement vers une structure capable d’établir le diagnostic.
Six patients sur dix : le chiffre qui doit alerter
Le nombre annuel de nouveaux cas renseigne sur la persistance de la maladie. Mais la proportion de patients présentant des séquelles raconte autre chose : la durée pendant laquelle certains malades restent hors du système de diagnostic et de traitement.
La lèpre, ou maladie de Hansen, est une infection chronique qui touche principalement la peau et les nerfs périphériques et peut également atteindre les yeux. Non traitée, elle peut provoquer des lésions nerveuses et des incapacités permanentes. À l’inverse, elle est curable et une prise en charge précoce permet de prévenir une grande partie de ces atteintes.
Pour l’Organisation mondiale de la Santé, la détection de nouveaux malades présentant déjà des incapacités constitue justement un marqueur du retard au diagnostic. En Afrique, 2 749 nouveaux cas accompagnés d’une incapacité de grade 2 ont encore été enregistrés en 2025.
Au Togo, la bataille se déplace donc progressivement. Il ne suffit plus de maintenir la maladie à un faible niveau : il faut réduire le temps qui sépare les premiers signes de la prise en charge.
Faire du premier contact médical un filet de détection
C’est ce qui explique l’accent mis sur la formation des personnels de santé. L’objectif est de permettre aux agents, y compris dans les structures périphériques, d’identifier plus rapidement les signes suspects et d’orienter les patients vers une prise en charge appropriée.
Cette vigilance est d’autant plus importante que la lèpre reste entourée de représentations anciennes susceptibles de retarder le recours aux soins. La stigmatisation demeure d’ailleurs identifiée par l’OMS comme l’un des obstacles à la détection, certaines personnes hésitant à consulter ou à révéler leurs symptômes par crainte du regard social.
La lutte doit également se poursuivre autour des personnes diagnostiquées. La transmission intervient principalement lors de contacts étroits, fréquents et prolongés avec une personne infectée qui n’a pas encore commencé son traitement. Elle ne se produit pas par les contacts ordinaires comme une poignée de main, un repas partagé ou le fait de s’asseoir à côté d’un malade. Une fois le traitement commencé, le patient cesse de transmettre la maladie.
C’est pourquoi l’OMS associe désormais dépistage précoce, examen des contacts et traitement rapide dans sa stratégie visant à interrompre progressivement la transmission.
Pour le Togo, la centaine de nouveaux cas annuels ne raconte donc qu’une partie de l’histoire. Le prochain progrès décisif se mesurera aussi à l’état dans lequel les malades arrivent au diagnostic. Faire reculer les séquelles signifierait alors que le système de santé ne se contente plus de trouver la lèpre : il la trouve à temps.
La Rédaction
Sources : Organisation mondiale de la Santé (OMS) ; Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique.

