Multiplier les activités ne signifie pas nécessairement mieux remplir sa mission. En ouvrant la nouvelle année pastorale de son diocèse, Léon XIV a demandé à l’Église de Rome de s’arrêter, d’évaluer ce qui porte réellement du fruit et d’accepter, si nécessaire, d’en faire moins. Une méthode fondée sur la rencontre, l’écoute et le discernement, avec une priorité : replacer les personnes plutôt que les programmes au centre de l’action pastorale.
À Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de Rome, Léon XIV n’a pas présenté un nouveau programme aux représentants des 334 paroisses du diocèse. Il leur a proposé une méthode : l’« évaluation pastorale ». Celle-ci consiste à relire ce qui a été entrepris, identifier ce qui a porté du fruit, comprendre ce qui n’a pas fonctionné et en rechercher collectivement les raisons. Une démarche qui doit associer les communautés chrétiennes, mais également, lorsque cela est possible, ceux qui les observent de l’extérieur.
Ne plus confondre activité et efficacité pastorale
Derrière cette proposition apparaît une interrogation plus profonde sur le fonctionnement des communautés. Léon XIV constate que les initiatives, rencontres et propositions peuvent se multiplier au point de faire perdre de vue leur raison d’être. La question n’est donc plus seulement de savoir « quoi » organiser, mais « qui » rencontrer et « comment » le rencontrer.
Le Pape résume cette logique dans une formule particulièrement nette : l’évaluation pastorale « ne vous demande pas de faire davantage » et donne même la possibilité de « faire moins et mieux ». Elle ne doit surtout pas devenir une tâche administrative supplémentaire. Son objectif est au contraire de permettre aux communautés de distinguer l’essentiel de ce qui les disperse.
De l’activité à la rencontre
Pour conduire cette transformation, Léon XIV propose plusieurs axes. Le premier consiste à « rencontrer le Christ et le faire rencontrer ». Une initiative pastorale ne devrait donc pas être évaluée uniquement selon son ancienneté, son organisation ou son niveau de participation, mais selon sa capacité à mettre l’Évangile en relation avec la vie concrète des personnes.
Le deuxième enjeu concerne la communauté. Le Pape souhaite des lieux où chacun puisse être accueilli, accompagné, valorisé et associé aux responsabilités. Il insiste particulièrement sur le temps et l’écoute accordés aux jeunes. L’image utilisée au début de son discours, celle de Marie de Magdala appelée par son nom devant le tombeau du Christ, sert ici de référence : dans une communauté, personne ne devrait rester anonyme, invisible ou incompris.
Rome comme terrain de mission
Cette réflexion ne doit pas rester enfermée dans les paroisses. « Rome n’est pas la toile de fond indifférente de nos communautés : c’est le lieu de notre mission », affirme Léon XIV. Habiter et servir la ville suppose donc d’en connaître les fragilités, les attentes et les transformations pour comprendre les questions auxquelles l’Église peut apporter une réponse.
Le discernement doit également conduire à une foi capable de produire des choix concrets. Catéchèse, jeunes, familles, charité et vocations demeurent des domaines de travail essentiels, mais le Pape ne souhaite pas uniformiser les pratiques. Il demande plutôt une méthode commune d’écoute, d’évaluation et de conversion permettant à chaque communauté de déterminer ses propres priorités.
Un curé ne peut pas tout faire
Léon XIV applique la même logique au ministère des prêtres. Rome, explique-t-il, a besoin de pasteurs qui écoutent avant de répondre et discernent avant de décider. Mais cette conception implique également de renoncer à une organisation paroissiale dans laquelle toutes les responsabilités reposent sur le curé.
« Une communauté où tout dépend du curé est une communauté fragile », prévient-il. Présider ne signifie donc pas tout accomplir soi-même, mais reconnaître les charismes, favoriser la coresponsabilité des laïcs, mettre les personnes en relation et préserver l’unité. Aux séminaristes, le Pape demande également de ne pas se former uniquement dans les livres, mais au contact des pauvres, des malades et des fidèles rencontrés dans les paroisses.
Cette conception trouve un prolongement dans la figure de don Luigi Di Liegro, fondateur et premier directeur de la Caritas de Rome, dont Léon XIV a annoncé l’ouverture prochaine de l’enquête diocésaine sur la vie, les vertus et la réputation de sainteté. Le Pape a rappelé qu’avant d’entreprendre ses œuvres, le prêtre avait cherché à connaître la réalité sociale et religieuse de Rome. Un exemple qui rejoint directement la méthode proposée au diocèse : observer avant d’agir, discerner avant de multiplier les initiatives et accepter de faire moins lorsque cela permet de faire mieux.
La Rédaction
Sources : Saint-Siège ; Vatican News

