Neuf centres intégrés de cancérologie doivent compléter d’ici 2030 un dispositif longtemps concentré dans quelques établissements spécialisés. Après avoir doublé ses sites de radiothérapie et développé ses équipements de diagnostic, la Tanzanie s’attaque désormais à une autre inégalité face au cancer : la distance qui sépare encore une grande partie des malades des traitements.
En Tanzanie, développer la cancérologie ne consiste plus seulement à acquérir des équipements de pointe. Le gouvernement veut désormais rapprocher les soins spécialisés des patients. D’ici 2030, neuf centres intégrés de cancérologie doivent être implantés dans six zones stratégiques du pays, sur le continent et à Zanzibar.
L’annonce a été faite à Vienne par le vice-président Deogratius Ndejembi, lors du Forum scientifique de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Derrière l’objectif affiché de faire de la Tanzanie un pôle régional de cancérologie se dessine d’abord un enjeu national : réduire les déplacements imposés aux malades pour accéder au diagnostic et aux traitements spécialisés.
La radiothérapie reste encore hors de portée pour beaucoup
La Tanzanie part d’une offre qui progresse mais demeure limitée. Selon les chiffres présentés par le gouvernement, le nombre de centres proposant la radiothérapie est passé de trois en 2020 à six en 2026. Sur la même période, l’accès à ce traitement serait passé de 14 % à 26 %, pour environ 6 500 patients pris en charge.
Cette progression révèle en même temps l’ampleur du chemin restant : même après le doublement des centres, une large majorité des besoins n’est toujours pas couverte.
Les neuf futurs établissements doivent précisément contribuer à réduire cet écart territorial. La logique consiste à développer des pôles capables de réunir prévention, dépistage, diagnostic et traitement plutôt que de concentrer les prises en charge complexes dans quelques grands établissements.
Prévenir avant d’avoir à traiter
Cette décentralisation intervient parallèlement à un effort important de prévention. La couverture du vaccin à dose unique contre le papillomavirus humain (HPV) chez les filles de 9 à 14 ans est passée, selon les autorités, de 58 % en 2018 à 98 % en 2026. Le vaccin constitue un instrument majeur de prévention du cancer du col de l’utérus.
Le diagnostic connaît également une montée en capacité. Entre 2021 et 2026, le nombre d’appareils d’IRM est passé de 7 à 28, celui des scanners de 12 à 97 et celui des mammographes de 4 à 20. Les accélérateurs linéaires utilisés en radiothérapie sont passés de deux à huit.
La Tanzanie dispose aussi désormais d’un TEP-TDM associé à un cyclotron, permettant notamment de produire les radio-isotopes nécessaires à certaines techniques avancées d’imagerie. Cette infrastructure doit limiter une partie des examens autrefois réalisés à l’étranger.
Neuf bâtiments ne suffiront pas
Le défi se déplacera cependant rapidement des équipements vers les ressources humaines et leur fonctionnement. Un centre de cancérologie ne se résume pas à ses machines : oncologues, radiothérapeutes, physiciens médicaux, techniciens, spécialistes de l’imagerie et personnels formés sont indispensables, tout comme la maintenance régulière d’équipements particulièrement complexes.
La Tanzanie cherche justement à développer cette dimension. Elle souhaite que l’Ocean Road Cancer Institute de Dar es Salaam obtienne de l’AIEA un statut de centre d’excellence, afin de renforcer notamment la formation de spécialistes venant d’autres pays d’Afrique subsaharienne.
L’ambition régionale dépendra toutefois d’abord des résultats obtenus pour les patients tanzaniens. En 2030, le succès du programme ne se mesurera donc pas uniquement aux neuf centres annoncés, mais à la capacité réelle d’un malade à être dépisté, diagnostiqué puis traité suffisamment tôt, sans devoir parcourir des centaines de kilomètres pour accéder à la cancérologie spécialisée.
La Rédaction
Sources : Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ; données présentées au Forum scientifique de l’AIEA, Vienne.

