Après plus d’un an de tensions, Bamako et Alger ne se contentent plus de rétablir le dialogue diplomatique. La visite du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb au Mali, en début de semaine, ouvre une étape plus délicate : reconstruire une coopération sécuritaire entre deux voisins dont les divergences sur le nord du Mali et leur frontière commune avaient contribué à provoquer la rupture.
Début de semaine, lundi 14 septembre, Sifi Ghrieb a été accueilli à Bamako par son homologue malien Abdoulaye Maïga. Trois semaines plus tôt, le chef du gouvernement malien avait effectué le trajet inverse en se rendant à Alger, le 24 août. Deux déplacements rapprochés qui donnent désormais une dimension concrète au réchauffement engagé entre les deux capitales.
À Bamako, le Premier ministre algérien a également rencontré le président de la Transition, Assimi Goïta, auquel il a transmis un message d’Abdelmadjid Tebboune. Mais derrière les gestes protocolaires, les discussions ont surtout ramené les deux voisins sur le terrain le plus sensible de leur relation : la sécurité régionale.
La sécurité, véritable test du dégel
Le paradoxe est important. Alger et Bamako cherchent aujourd’hui à reconstruire leur coopération précisément sur l’un des dossiers qui les avait profondément opposés.
La crise avait atteint un nouveau sommet après la destruction, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, d’un drone malien près de la frontière. L’Algérie affirmait que l’appareil avait pénétré son espace aérien, ce que le Mali contestait. Mais le différend était plus ancien : Bamako et Alger divergeaient déjà sur la gestion de la crise dans le nord du Mali et sur les relations avec les groupes armés de cette région. Le Mali avait notamment mis fin en janvier 2024 à l’accord de paix de 2015 conclu sous médiation algérienne.
La géographie oblige pourtant les deux États à composer l’un avec l’autre. Leur longue frontière commune se trouve au contact d’une partie des espaces sahéliens où circulent groupes armés, trafics et combattants. La normalisation diplomatique devra donc se traduire par des mécanismes opérationnels si elle veut dépasser les déclarations de bonne volonté.
Une feuille de route encore à construire
Les discussions de Bamako ont précisément porté sur les défis sécuritaires régionaux et sur la relance des instruments de coopération. Sifi Ghrieb a évoqué une feuille de route commune destinée à identifier les priorités des deux pays avant les prochaines rencontres au sommet.
Alger se dit également prêt à réactiver les mécanismes institutionnels, notamment la Grande Commission mixte de coopération. Cette instance doit permettre aux deux gouvernements de remettre à plat plusieurs domaines de leur relation et d’actualiser leur cadre de coopération. Aucune date n’a toutefois encore été annoncée pour sa prochaine réunion.
Autre étape annoncée : une visite d’Assimi Goïta en Algérie. Les deux gouvernements indiquent que sa préparation est en cours, sans avoir encore communiqué de calendrier. Cette rencontre devrait constituer un test politique important pour mesurer jusqu’où les deux capitales sont disposées à aller dans leur rapprochement.
L’économie comme deuxième étage du rapprochement
La reconstruction ne s’arrête pas à la sécurité. Les deux gouvernements veulent également élargir leurs échanges dans plusieurs secteurs, notamment l’énergie, les ressources minières, les transports, l’agroalimentaire, la santé, la formation et les investissements.
Cette dimension économique peut donner davantage de profondeur au rapprochement. Mais elle reste étroitement liée à la capacité des deux pays à stabiliser leur relation politique et sécuritaire. Une frontière sous tension et une coopération sécuritaire dégradée limiteraient nécessairement les ambitions commerciales et les projets d’intégration.
Le retour de la Grande Commission mixte serait ainsi un indicateur plus concret que les cérémonies diplomatiques : il montrerait que les deux États recommencent à installer leur rapprochement dans des mécanismes durables.
Du dégel à l’épreuve des intérêts
Après quinze mois de crise diplomatique, le déplacement de Sifi Ghrieb confirme donc que Bamako et Alger ont choisi de sortir de la confrontation ouverte. Le retour des ambassadeurs, la réouverture des espaces aériens et les visites croisées des deux Premiers ministres ont déjà rétabli les canaux politiques.
Reste l’étape la plus difficile : transformer ce dégel en coopération sur les sujets qui avaient précisément nourri la rupture.
La solidité du rapprochement entre le Mali et l’Algérie ne se mesurera donc pas au nombre de visites officielles, mais à leur capacité à recommencer à travailler ensemble sur leur frontière, le renseignement et la sécurité du nord malien malgré leurs divergences passées. C’est sur ce terrain que le dégel diplomatique devra désormais faire ses preuves.
La Rédaction

