En quelques jours, les embarcations se sont multipliées sur les côtes d’Obock. Femmes, enfants, familles entières arrivent du Yémen après avoir traversé l’un des détroits les plus stratégiques du monde. Derrière eux, les combats reprennent avec violence. Devant eux, Djibouti, petit pays de la Corne de l’Afrique déjà fortement sollicité par les mouvements de populations, doit désormais absorber une nouvelle urgence humanitaire dont l’ampleur pourrait encore grandir.
Des centaines d’arrivées devenues des milliers
Le premier signal a été brutal : environ 1 400 personnes ont atteint les côtes djiboutiennes en seulement vingt-quatre heures, selon l’UNICEF. Beaucoup étaient des femmes et des enfants exposés pendant la traversée à la chaleur extrême, à la déshydratation et au manque d’eau potable. Certaines embarcations parties du Yémen avaient même été immobilisées faute de carburant.
Mais le chiffre n’a été qu’une photographie momentanée de la crise. Dès le 13 septembre, les autorités djiboutiennes faisaient état de plus de 3 400 personnes arrivées depuis le déclenchement de cette nouvelle vague. Le Premier ministre Abdoulkader Kamil Mohamed s’est rendu à Obock, accompagné notamment des ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, pour examiner les capacités d’accueil et coordonner la réponse avec le HCR, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Programme alimentaire mondial.
La marine, l’armée, la police et les services de santé djiboutiens ont été mobilisés. Une partie des nouveaux arrivants est dirigée vers le site de Markazi, près d’Obock, où sont distribués eau, nourriture et premiers secours.
Obock, refuge au bout de la traversée
Pour ceux qui fuient la côte yéménite, Obock se trouve presque en face. Entre les deux rives s’étend le Bab el-Mandeb, passage étroit reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. Cette proximité transforme Djibouti en refuge immédiat lorsque les combats se rapprochent du littoral yéménite.
Ce n’est pas la première fois. Lors de l’aggravation de la guerre en 2015, des milliers de Yéménites avaient déjà emprunté cette route. Aujourd’hui, les mêmes traversées reprennent alors que Djibouti héberge déjà plus de 36 000 réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés, principalement originaires de Somalie, d’Éthiopie et du Yémen.
Pour un pays de moins de 1,2 million d’habitants, l’arrivée de plusieurs milliers de personnes en quelques jours signifie davantage de besoins en hébergement, nourriture, eau, assainissement et soins. Les autorités se préparent d’ailleurs à de nouvelles arrivées si les violences se prolongent.
Au Yémen, le déplacement s’accélère
L’autre rive permet de mesurer la profondeur de la crise. L’OIM comptabilisait le 13 septembre 85 818 personnes récemment déplacées, dont plus de 82 000 depuis le début du mois. Deux jours plus tard, le HCR estimait que plus de 100 000 personnes avaient désormais été contraintes de quitter leur foyer à l’intérieur du Yémen.
Les affrontements se sont intensifiés sur la côte occidentale, mais également sur plusieurs autres fronts, notamment à Marib, Lahj, Al-Jawf, Hajjah, Al-Bayda et Saada. Devant le Conseil de sécurité le 15 septembre, l’ONU a décrit la situation autour du Bab el-Mandeb comme devenue de plus en plus volatile, sur fond d’avancée houthie et de contre-offensive des forces gouvernementales yéménites.
La dynamique est donc double : une majorité de déplacés cherchent encore refuge ailleurs au Yémen, tandis qu’une partie franchit désormais la mer.
Une crise humanitaire au milieu d’un corridor mondial
La géographie donne à cette nouvelle vague une portée bien supérieure au nombre de personnes débarquant à Obock. Le Bab el-Mandeb constitue l’une des portes d’entrée de la mer Rouge et, au-delà, du canal de Suez. Une dégradation durable de la sécurité autour du détroit pourrait ainsi toucher simultanément les populations civiles, les États riverains et la navigation commerciale internationale.
Pour l’instant, l’ONU indique que les flux commerciaux en mer Rouge ne semblent pas avoir été directement interrompus par les derniers développements. Mais elle souligne que l’avancée des Houthis vers le détroit nourrit déjà les inquiétudes sur la sécurité maritime régionale.
Djibouti se retrouve donc à la jonction de deux urgences. La première se déroule sur ses plages, où arrivent des familles ayant traversé la mer pour échapper aux combats. La seconde se joue quelques kilomètres plus à l’est, autour d’un passage maritime dont la stabilité concerne une grande partie du commerce entre l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe.
Une pression qui pourrait durer
Pour Obock, la question n’est désormais plus seulement de recevoir les premiers bateaux, mais de savoir combien suivront. Le HCR prévient que de nouvelles populations pourraient chercher refuge à l’étranger si les hostilités continuent de s’étendre.
En quelques jours, les 1 400 arrivées qui avaient donné l’alerte se sont transformées en plusieurs milliers de personnes à prendre en charge. Pour Djibouti, la guerre yéménite n’est donc plus seulement une crise observée depuis l’autre rive du Bab el-Mandeb : elle débarque désormais directement sur ses côtes.
La Rédaction
Sources : OIM, HCR, UNICEF, Nations unies, Agence djiboutienne d’information.

