Dengue dans le Nil Bleu, choléra au Darfour et au Kordofan, paludisme dans plusieurs régions : le Soudan ne combat plus une épidémie après l’autre. Plus de trois années de guerre ont endommagé les hôpitaux, désorganisé l’assainissement et la surveillance sanitaire, déplacé des millions de personnes et raréfié les médicaments. Plusieurs maladies trouvent désormais les conditions pour progresser en même temps.
Au Soudan, la guerre produit désormais une crise sanitaire à plusieurs fronts. Dans l’État du Nil Bleu, les autorités sanitaires ont récemment recensé plus de 680 cas de dengue et alertent sur une progression des contaminations. Dans la même région, des acteurs de la société civile signalent également une hausse du paludisme, particulièrement préoccupante dans les zones accueillant des populations déplacées.
À plusieurs centaines de kilomètres de là, le choléra continue de frapper le Darfour et le Kordofan. La juxtaposition de ces foyers révèle une évolution inquiétante : le pays ne dispose plus seulement de territoires touchés par des maladies différentes, il réunit les conditions permettant à plusieurs épidémies de progresser simultanément.
Quand toutes les barrières sanitaires cèdent ensemble
La dengue et le paludisme sont transmis par des moustiques, tandis que le choléra se diffuse principalement par de l’eau ou des aliments contaminés. Leurs modes de transmission diffèrent, mais leur progression au Soudan rencontre un terrain commun : services sanitaires dégradés, accès insuffisant à l’eau potable, assainissement perturbé, déplacements massifs de population et capacités de prise en charge réduites.
L’Organisation mondiale de la Santé recensait déjà cette année des flambées de paludisme, dengue, rougeole, poliomyélite, hépatite E, méningite et diphtérie dans plusieurs États soudanais. En avril, 37 % des établissements de santé du pays étaient considérés comme non fonctionnels. Depuis le début du conflit en avril 2023, l’OMS avait par ailleurs vérifié 217 attaques contre les services de santé, ayant causé plus de 2 000 morts.
La conséquence dépasse la fermeture des hôpitaux. Lorsqu’un système sanitaire se désorganise, ce sont aussi les campagnes de vaccination, les laboratoires, la surveillance épidémiologique, la distribution des médicaments et la détection précoce des foyers qui perdent en efficacité.
Le choléra révèle la profondeur de la crise
Le choléra constitue l’une des manifestations les plus graves de cette dégradation. Les données de l’OMS montrent que la maladie continue de circuler au Soudan en 2026, après une épidémie qui avait déjà touché l’ensemble des 18 États en 2025. Les conditions favorisant sa transmission restent particulièrement difficiles à corriger dans les territoires affectés par les combats ou accueillant d’importantes populations déplacées.
Le problème est d’autant plus préoccupant que le choléra peut être prévenu et traité lorsque l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux soins rapides est assuré. Sa persistance devient ainsi un indicateur de la dégradation de services qui dépassent largement les seuls hôpitaux.
Dans le Nil Bleu, une nouvelle pression
La situation observée dans le Nil Bleu montre que cette vulnérabilité ne concerne pas une seule partie du pays. Le 13 septembre, une initiative de la société civile locale alertait sur une détérioration rapide de la situation sanitaire et sur la progression simultanée du paludisme et de la dengue, évoquant également des décès. Elle soulignait les difficultés rencontrées par les structures de soins et la vulnérabilité particulière des sites accueillant des déplacés.
Les pénuries de médicaments aggravent la situation. Les malades doivent être diagnostiqués et pris en charge alors que les structures médicales fonctionnent parfois avec des capacités réduites, dans un pays où 21 millions de personnes avaient besoin d’une assistance sanitaire à la mi-2026.
Une crise probablement plus vaste que les chiffres
La multiplication des maladies pose enfin un problème moins visible : celui de leur mesure. Dans les zones où les laboratoires fonctionnent difficilement, où certains établissements sont fermés et où les déplacements sont dangereux, tous les malades n’entrent pas nécessairement dans les statistiques.
L’OMS elle-même appelle à la prudence dans l’interprétation des données épidémiologiques, notamment pour le choléra, en raison des retards de notification et des limites des systèmes de surveillance.
Le Soudan entre ainsi dans une phase où les conséquences sanitaires de la guerre ne se mesurent plus uniquement au nombre d’hôpitaux détruits ou de médicaments manquants. Lorsque plusieurs maladies infectieuses circulent en même temps dans une population déplacée, fragilisée et difficilement accessible aux soignants, la guerre finit par créer son propre environnement épidémique. Et chaque nouvelle flambée doit alors être combattue par un système de santé déjà mobilisé contre toutes les autres.
La Rédaction
Sources : Organisation mondiale de la Santé (OMS) ; Health Cluster Soudan ; autorités sanitaires de l’État du Nil Bleu ; acteurs de la société civile soudanaise.

