Le 6 décembre 2006, Tair Rada, 13 ans, est retrouvée assassinée dans les toilettes de son école à Katzrin, sur le plateau du Golan. Roman Zadorov, un ouvrier qui travaillait alors dans l’établissement, avoue le crime avant de se rétracter. Condamné à la prison à perpétuité, il restera environ quinze ans derrière les barreaux avant qu’un nouveau procès ne bouleverse l’une des affaires criminelles les plus controversées d’Israël. En 2023, Zadorov est acquitté. Depuis, le meurtre de Tair Rada n’a plus de coupable judiciairement établi.
Un meurtre au cœur de l’école
Tair Rada est découverte dans une cabine des toilettes de son établissement, la gorge tranchée et le corps portant d’autres blessures. L’enquête s’oriente rapidement vers Roman Zadorov, ressortissant ukrainien employé à des travaux dans l’école. Quelques jours après son arrestation, il avoue le meurtre aux enquêteurs et procède à une reconstitution.
Mais Zadorov revient rapidement sur ses déclarations. Il affirme avoir avoué sous la pression et soutient que plusieurs éléments de son récit étaient erronés. Cette rétractation deviendra l’un des fils conducteurs de toute l’affaire : les aveux contenaient-ils des connaissances que seul le meurtrier pouvait posséder, ou étaient-ils le produit d’un interrogatoire ayant conduit un innocent à construire sa propre culpabilité ?
Les aveux conduisent à la perpétuité
En septembre 2010, le tribunal de district de Nazareth reconnaît Roman Zadorov coupable. Il est condamné à la réclusion à perpétuité. Pour les juges, ses aveux, sa reconstitution et différents éléments circonstanciels forment un ensemble suffisamment solide.
La défense conteste cependant plusieurs aspects matériels. La nature de l’arme utilisée fait notamment débat : certaines expertises évoquent une lame susceptible de ne pas correspondre au cutter que Zadorov avait décrit. Une empreinte sanglante devient également problématique, car elle ne peut lui être attribuée. Malgré ces controverses, sa culpabilité est de nouveau retenue après un réexamen du dossier, puis confirmée en 2015 par la Cour suprême, à deux voix contre une.
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Des traces qui résistent au scénario judiciaire
Avec les années, les interrogations se concentrent davantage sur ce que la scène de crime ne permet pas d’expliquer. Aucun élément médico-légal incontestable ne place Zadorov dans la cabine au moment du meurtre. Des empreintes étrangères sont relevées dans le sang, tandis que certaines expertises sur les blessures alimentent la contestation de la reconstruction retenue contre lui.
D’autres analyses génétiques relancent encore le débat. Un cheveu retrouvé sur le corps de Tair produit notamment un résultat susceptible de correspondre à un homme extérieur au scénario retenu contre Zadorov, mais aussi à de nombreuses autres personnes. Cet élément n’identifie donc pas un meurtrier. Il contribue cependant, parmi d’autres pièces nouvelles ou réinterprétées, à nourrir la demande de révision.
Quinze ans après, un nouveau procès
En mai 2021, la Cour suprême ordonne finalement un nouveau procès, estimant que les éléments présentés soulèvent suffisamment de questions pour que la condamnation soit réexaminée. Zadorov est ensuite libéré sous surveillance électronique après environ quinze années de détention.
Le nouveau procès ne cherche pas simplement une anomalie dans l’ancienne procédure. Il reprend les fondations mêmes de l’accusation : la fiabilité des aveux, la reconstitution, les empreintes, les traces biologiques et la compatibilité entre les constatations médico-légales et le récit attribué à Zadorov.
Le 30 mars 2023, le tribunal de district de Nazareth l’acquitte par deux voix contre une. Pour la majorité, les contradictions sont trop nombreuses pour établir sa culpabilité au-delà du doute raisonnable. La juge minoritaire considère au contraire que les preuves restent suffisamment solides pour le déclarer coupable.
L’acquittement devient définitif
Cette division entre les magistrats résume à elle seule la complexité du dossier. Les mêmes grandes pièces qui avaient permis de condamner Zadorov pendant des années conduisent désormais deux juges à considérer que le seuil indispensable à une condamnation pénale n’est plus atteint.
Le 14 mai 2023, le parquet annonce qu’il ne fera pas appel. Après l’examen du jugement, il estime ne pas disposer d’une base juridique suffisamment solide pour contester l’acquittement. Roman Zadorov devient donc définitivement acquitté du meurtre de Tair Rada.
En septembre 2025, un accord prévoit par ailleurs le versement par l’État de 17 millions de shekels à Zadorov en compensation de ses années de détention.
Mais cette réparation ne résout pas l’affaire criminelle.
Un acquitté, mais toujours aucun meurtrier
Il serait incorrect de transformer l’acquittement de Zadorov en preuve de la culpabilité d’une autre personne. Plusieurs pistes et accusations ont circulé autour de l’affaire, mais aucune n’a abouti à la condamnation d’un autre auteur. Lors du verdict de 2023, les juges eux-mêmes n’ont pas établi de scénario alternatif permettant d’identifier avec certitude celui ou celle qui a tué Tair.
L’affaire se retrouve donc dans une situation profondément différente de celle qui prévalait pendant quinze ans. La justice israélienne avait un homme condamné à perpétuité, des aveux et une reconstruction considérés comme probants. Elle possède désormais un homme définitivement acquitté et une scène de crime dont plusieurs traces continuent d’échapper à une explication certaine.
Derrière les années de procédures demeure ainsi la question que la condamnation de 2010 semblait avoir définitivement refermée : qui a assassiné Tair Rada dans les toilettes de son école le 6 décembre 2006 ?
La Rédaction
Sources et références
- The Jerusalem Post, verdict d’acquittement de Roman Zadorov, 30 mars 2023.
- The Times of Israel, nouveau procès, acquittement et décision du parquet de ne pas faire appel.
- Cour suprême d’Israël, procédure ayant conduit au nouveau procès de 2021.
- Ynet, expertises médico-légales et contentieux autour des preuves scientifiques.

