Entre 1984 et 1986, le Luxembourg est frappé par une série d’une vingtaine d’attentats à l’explosif visant notamment des installations électriques, des bâtiments publics, l’aéroport et d’autres infrastructures sensibles. Aucun mort n’est à déplorer, mais les attaques plongent le pays dans une crise durable. Quarante ans plus tard, leurs auteurs n’ont toujours pas été définitivement jugés. Plus troublant encore, l’enquête a fini par se retourner contre certains de ceux qui étaient chargés de l’élucider.
Des bombes, mais aucun coupable définitivement établi
La précision des attentats et la connaissance apparente des infrastructures orientent progressivement les soupçons vers des personnes disposant d’un savoir-faire professionnel. Après des années d’investigations, deux anciens membres de la Brigade mobile de la gendarmerie, Marc Scheer et Jos Wilmes, deviennent les principaux accusés.
Leur procès s’ouvre en février 2013. Il doit enfin permettre de comprendre qui se cache derrière les attentats du « Bommeleeër », littéralement le poseur de bombes. Mais au fil des audiences, l’affaire prend une direction inattendue.
Un procès interrompu après 177 jours
Pendant seize mois, témoins, anciens gendarmes, enquêteurs et responsables institutionnels se succèdent devant le tribunal. Certaines déclarations apparaissent incompatibles entre elles, d’autres ne correspondent pas aux informations consignées dans les dossiers.
Le 2 juillet 2014, après 177 journées d’audience, le procès est suspendu. Les contradictions révélées au tribunal sont devenues suffisamment sérieuses pour justifier de nouvelles investigations. Le dossier censé juger les auteurs présumés des attentats ouvre ainsi une seconde enquête, cette fois sur de possibles faux témoignages.
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Ceux qui enquêtaient deviennent eux-mêmes mis en cause
C’est ce retournement qui donne à l’affaire sa dimension judiciaire exceptionnelle. Plusieurs anciens responsables de la gendarmerie et enquêteurs sont soupçonnés d’avoir livré devant la justice des versions incompatibles avec les éléments du dossier ou avec leurs propres déclarations antérieures.
La question n’est alors plus seulement de savoir qui a posé les bombes, mais aussi de déterminer si certaines informations importantes ont été cachées, déformées ou retenues pendant l’enquête. Les personnes chargées d’éclaircir les attentats se retrouvent à leur tour confrontées à la justice.
Une condamnation et cinq acquittements
Le procès dit « Bommeleeër bis » aboutit le 26 février 2026. Six anciens responsables des forces de l’ordre comparaissent finalement. Cinq sont acquittés.
Pierre Reuland, ancien commandant de la Brigade mobile et ancien directeur général de la police, est en revanche condamné pour faux témoignage en matière criminelle à trois ans de prison avec sursis intégral et 5 000 euros d’amende. Le tribunal tient notamment compte du dépassement du délai raisonnable.
Mais cette décision n’a pas refermé le dossier. En mars 2026, Pierre Reuland fait appel de sa condamnation et le parquet conteste également les décisions concernant plusieurs anciens responsables acquittés. Quatre hommes doivent ainsi rester concernés par la procédure en appel.
Quarante ans après, l’énigme reste entière
Le paradoxe de l’affaire Bommeleeër est désormais immense. Les attentats ont bien eu lieu. Des suspects ont été identifiés. Un procès principal a commencé. Mais il a été interrompu avant qu’une vérité judiciaire définitive puisse être établie sur les auteurs des explosions.
Entre-temps, une seconde affaire est née à l’intérieur de la première : celle des déclarations faites par certains anciens responsables des forces de l’ordre. La justice a donc passé des années à chercher non seulement ce qui s’était produit entre 1984 et 1986, mais aussi ce qui s’était passé dans l’enquête elle-même.
C’est précisément ce qui fait du Bommeleeër une véritable énigme judiciaire. Quarante ans après les premières explosions, la question demeure double : qui a posé les bombes, et pourquoi la justice n’a-t-elle jamais réussi à aller jusqu’au bout du procès censé le déterminer ?
La Rédaction
Sources et références
- Justice du Luxembourg — jugement du 26 février 2026 dans l’affaire Bommeleeër bis.
- RTL Lëtzebuerg / RTL Infos — historique du procès principal, suspension après 177 jours et procédure d’appel en 2026.
- Luxembourg Times — historique judiciaire de l’affaire et procès Bommeleeër bis.

