L’artiste chinois Gao Zhen a été condamné à trois ans de prison pour des œuvres satiriques représentant Mao Zedong. Une affaire qui dépasse la seule question de la liberté artistique : les sculptures incriminées ont été réalisées des années avant l’adoption des dispositions juridiques utilisées contre lui.
Des sculptures anciennes au cœur d’une condamnation récente
Le 25 août 2026, le tribunal populaire de Sanhe, dans la province chinoise du Hebei, a condamné Gao Zhen à trois ans d’emprisonnement pour « atteinte à la réputation et à l’honneur des héros et martyrs ». Il s’agit de la peine maximale prévue pour cette infraction. L’artiste, âgé de 70 ans et résident permanent aux États-Unis, a annoncé son intention de faire appel.
Gao Zhen est connu internationalement pour son travail réalisé avec son frère Gao Qiang au sein du duo des Gao Brothers. Une partie de leur œuvre porte un regard critique sur l’histoire politique chinoise, le pouvoir et notamment l’héritage de Mao Zedong.
Parmi les créations retenues contre lui figurent plusieurs sculptures satiriques réalisées entre 2005 et 2009. Mao’s Guilt, présentée en 2009, montre ainsi l’ancien dirigeant chinois agenouillé dans une posture de repentance. D’autres œuvres détournent son image ou le placent dans des compositions volontairement provocatrices.
Une chronologie qui pose une question juridique
C’est précisément l’âge de ces œuvres qui rend l’affaire particulièrement controversée. La Chine n’a adopté sa Loi sur la protection des héros et martyrs qu’en avril 2018, avec une entrée en vigueur le 1er mai de la même année. Le texte interdit notamment de déformer, diffamer ou profaner les actes et la mémoire des personnes considérées comme des héros ou martyrs nationaux.
Le dispositif a ensuite été renforcé sur le terrain pénal. L’article 299a du Code pénal chinois prévoit désormais jusqu’à trois ans de prison lorsqu’une atteinte grave à la réputation ou à l’honneur d’un héros ou martyr porte préjudice à l’intérêt public.
Autrement dit, les œuvres pour lesquelles Gao Zhen a été poursuivi existaient déjà depuis près d’une décennie lorsque la loi de 2018 est entrée en vigueur, et davantage encore avant l’introduction de l’infraction pénale spécifique. Ses soutiens dénoncent donc ce qu’ils considèrent comme une application rétroactive de la législation. Amnesty International reprend explicitement cet argument et estime que l’affaire illustre l’utilisation de textes largement formulés pour réprimer l’expression artistique indépendante.
Arrêté lors d’un retour en Chine
Gao Zhen vivait aux États-Unis lorsqu’il est revenu en Chine avec sa famille en 2024. Il a été arrêté en août de cette année-là après une intervention des autorités dans son atelier de Sanhe. Selon plusieurs sources, 118 œuvres ont été saisies. Une grande partie du travail incriminé remontait alors à plus de dix ans.
Son procès s’est déroulé à huis clos. Des diplomates étrangers n’ont pas été autorisés à assister au prononcé du jugement. Depuis son arrestation, son épouse Zhao Yaliang et leur fils auraient également été empêchés de quitter la Chine, bien qu’ils ne soient pas poursuivis dans cette affaire.
La durée déjà passée en détention a toutefois été prise en compte : selon Amnesty International, la peine de Gao Zhen doit prendre fin le 25 août 2027.
Quand l’art se heurte au récit officiel
Au-delà du cas individuel de Gao Zhen, le dossier pose la question de la place laissée en Chine à la représentation critique de certaines figures historiques. Mao Zedong demeure au cœur du récit politique de la République populaire, malgré les débats entourant notamment le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle.
Les œuvres des Gao Brothers se sont précisément construites autour de cette confrontation entre mémoire officielle et lecture critique de l’histoire. En transformant Mao en personnage vulnérable, grotesque ou repentant, leurs sculptures ne se contentent pas de représenter un ancien dirigeant : elles interrogent la manière dont le pouvoir construit et protège ses symboles.
Pour Amnesty International, condamner Gao Zhen à la peine maximale envoie ainsi un message beaucoup plus large aux artistes susceptibles de remettre en cause les récits historiques officiels. Les États-Unis ont également fait part de leurs « préoccupations importantes » après le verdict et contesté l’utilisation rétroactive de la législation dans cette affaire.
L’appel annoncé par Gao Zhen donnera désormais une nouvelle dimension judiciaire au dossier. Mais une question restera au centre de l’affaire : jusqu’où un État peut-il utiliser une législation récente pour sanctionner aujourd’hui des œuvres créées à une époque où cette interdiction pénale n’existait pas encore ?
La Rédaction
Sources et références : Reuters, 25 et 26 août 2026 ; Associated Press, août 2026 ; Amnesty International, 25 août 2026 ; The Art Newspaper, 27 août 2026 ; Cour populaire suprême et Parquet populaire suprême de Chine. (Reuters)

