L’Afrique ne manque pas de mécanismes destinés à prévenir les conflits. Elle dispose d’un Conseil de paix et de sécurité, de dispositifs d’alerte précoce, d’outils de médiation, d’un Fonds pour la paix et de structures régionales. Mais à mesure que les crises changent de nature et se superposent, une question devient difficile à éviter : cette architecture conçue au début des années 2000 est-elle encore adaptée aux menaces auxquelles le continent fait face ?
C’est précisément le débat que l’Union africaine vient de remettre au centre de son agenda à Luanda. Réuni samedi en session extraordinaire, son Conseil exécutif a engagé une réflexion sur la réforme des mécanismes africains de prévention et de résolution des conflits.
Des crises qui ne rentrent plus dans les anciennes cases
Terrorisme et extrémisme violent, coups d’État, tensions entre États, criminalité transnationale, crises humanitaires, dérèglement climatique et nouvelles menaces technologiques : les risques ne sont plus seulement plus nombreux. Ils s’entrecroisent.
Pour le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, cette transformation impose de réexaminer l’efficacité des instruments existants. À Luanda, il a directement interrogé la capacité de l’Architecture africaine de paix et de sécurité à répondre aux réalités actuelles.
La prévention et l’alerte précoce doivent notamment être renforcées, tout comme la coordination entre l’Union africaine, les organisations régionales et les États. Face au terrorisme, Mahmoud Ali Youssouf plaide également pour une réponse dépassant la seule dimension militaire.
Prévenir plutôt que gérer l’urgence
Le problème soulevé à Luanda est aussi celui du moment où l’Afrique intervient. Les dispositifs d’alerte peuvent identifier des tensions avant qu’elles ne dégénèrent ; encore faut-il que l’information produise suffisamment tôt une décision politique.
La même difficulté apparaît face aux changements anticonstitutionnels de gouvernement. L’UA entend maintenir sa fermeté contre les prises de pouvoir par la force, tout en reconnaissant la nécessité de préserver des possibilités de dialogue.
Le ministre burundais des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, président en exercice du Conseil exécutif, a d’ailleurs reconnu une recrudescence « alarmante » des crises politiques et sécuritaires malgré les progrès institutionnels accomplis par le continent.
La paix africaine peut-elle rester dépendante de financements extérieurs ?
Derrière la réforme institutionnelle se trouve enfin une question de souveraineté financière. Pour Mahmoud Ali Youssouf, l’ambition de « Faire taire les armes » à l’horizon 2030 peut difficilement rester tributaire principalement de ressources venues de l’extérieur.
Le renforcement du Fonds pour la paix de l’UA devient ainsi un élément central de la réflexion, parallèlement aux possibilités ouvertes par la résolution 2719 du Conseil de sécurité des Nations Unies pour le financement des opérations africaines de soutien à la paix.
Luanda ne devrait donc pas déboucher sur une simple révision administrative. Un plan d’action et une matrice de mise en œuvre doivent être transmis aux chefs d’État et de gouvernement.
L’enjeu sera ensuite beaucoup plus politique : déterminer si les États africains sont prêts à donner à leurs mécanismes collectifs les moyens financiers, mais aussi la liberté d’action nécessaire pour intervenir avant que les crises ne deviennent des guerres. Car le principal défi de l’architecture africaine de paix pourrait désormais être moins de savoir comment arrêter les conflits que comment empêcher qu’ils commencent.
La Rédaction
Sources : Union africaine ; Conseil exécutif de l’Union africaine, 26e session extraordinaire, Luanda ; Conseil de sécurité des Nations Unies.

