À trois ans de la fin du second mandat de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, la question de sa succession s’invite déjà dans le débat politique mauritanien. Plusieurs responsables proches du pouvoir défendent désormais ouvertement l’idée de son maintien au-delà de 2029, au risque de se heurter à une Constitution qui limite clairement le nombre de mandats présidentiels.
À Kiffa, des appels de plus en plus explicites
Le débat a pris une nouvelle ampleur à Kiffa, dans l’est du pays. Le président du Conseil régional de l’Assaba, Mohamed Mahmoud Ould Habib, a publiquement défendu la continuité de Ghazouani au pouvoir, allant jusqu’à évoquer une modification de la Constitution ou l’adoption d’un nouveau texte permettant de prolonger son exercice du pouvoir.
Selon lui, il ne s’agirait pas nécessairement de parler d’un « troisième mandat », mais de permettre au président de poursuivre son projet de développement. Cette formulation ne change toutefois pas la question juridique centrale : la Constitution mauritanienne dispose qu’un président n’est rééligible qu’une seule fois.
Mohamed Ould Ghazouani, élu une première fois en 2019, a été réélu en 2024 avec 56,12 % des suffrages. Son second mandat doit s’achever en 2029.
Ghazouani entretient une prudence calculée
Interrogé fin juillet sur une éventuelle révision constitutionnelle qui lui permettrait de se représenter, le chef de l’État a assuré qu’il ne soutiendrait rien de contraire à la Constitution ni à la volonté du peuple. Il a également estimé que le sujet n’était pas une priorité, rappelant qu’il lui restait encore plusieurs années de mandat.
Cette position ne ferme donc pas totalement le débat politique, mais elle place le président à distance des initiatives portées par certains de ses soutiens. Dans la majorité elle-même, plusieurs voix estiment d’ailleurs qu’il est prématuré d’ouvrir dès maintenant le dossier de l’après-2029.
L’opposition dénonce une remise en cause des règles
Biram Dah Abeid, arrivé deuxième à la présidentielle de 2024 avec 22,10 % des voix, s’oppose frontalement à toute tentative de prolongation du pouvoir actuel. Ces derniers jours, il a dénoncé la multiplication des appels à un troisième mandat, estimant qu’ils sont notamment portés par des responsables soucieux de préserver leurs positions et leurs avantages.
Pour l’opposition, le problème dépasse donc la seule candidature éventuelle de Ghazouani. Il touche à la stabilité des règles politiques et à la crédibilité de l’alternance dans un pays où la limitation des mandats constitue l’un des principaux garde-fous institutionnels.
À ce stade, aucune procédure officielle de révision constitutionnelle n’a été engagée. Mais la succession de déclarations favorables au maintien du président montre que la bataille de l’après-2029 a déjà commencé, bien avant l’ouverture de la prochaine campagne présidentielle.
La Rédaction

