Alors que l’épidémie d’Ebola poursuit sa progression en République démocratique du Congo, les équipes chargées de la combattre doivent désormais composer avec un autre danger : les agressions, les résistances communautaires et les entraves à leurs interventions. Des incidents récents en Ituri et dans d’autres provinces affectées viennent compliquer une riposte déjà confrontée au manque de moyens et à de lourdes contraintes logistiques.
À Kandoy, une intervention sanitaire tourne à l’affrontement
À Kandoy, dans le territoire d’Aru en Ituri, une équipe engagée dans la riposte a été récemment prise pour cible alors qu’une ambulance devait récupérer deux personnes suspectées d’être atteintes d’Ebola. Des véhicules ont été vandalisés et l’hôpital concerné a été saccagé.
Selon les informations rapportées localement, le chauffeur de l’ambulance a été grièvement blessé. Les deux cas suspects ont quitté les lieux au cours des troubles, de même que plusieurs autres patients. Les élus provinciaux du territoire d’Aru ont depuis condamné ces violences et demandé un renforcement de la protection des personnels sanitaires.
Pour les acteurs de la riposte, ces attaques ont des conséquences qui dépassent les dégâts matériels. Dans plusieurs zones, les ambulances sont déjà en nombre insuffisant. Leur immobilisation peut retarder l’isolement d’un cas suspect, son transfert vers une structure adaptée et, par conséquent, favoriser de nouvelles chaînes de transmission.
Une riposte perturbée sur plusieurs fronts
Les difficultés ne se limitent pas à Kandoy. En Ituri, les opérations de décontamination et d’intervention autour des cas ont récemment connu d’importantes perturbations. Sur 171 « rings » prévus lors d’une journée d’intervention, seuls 21 avaient pu être ouverts. Ces dispositifs permettent notamment d’organiser la réponse sanitaire autour d’un malade et de son environnement immédiat.
Insécurité, manque d’équipes et de matériel, résistances de certaines familles ou encore mouvements sociaux parmi les personnels mobilisés se combinent. À Epulu-Zunguluka, dans la zone de santé de Mambasa, un enterrement digne et sécurisé n’a également pas pu être organisé en raison du contexte sécuritaire.
D’autres incidents ont été rapportés dans le Haut-Uélé et la Tshopo. Des soignants ont été agressés, tandis que certaines communautés ont empêché des prélèvements ou contesté les interventions des équipes sanitaires. L’Organisation mondiale de la santé souligne depuis plusieurs semaines que la méfiance et les violences constituent l’un des principaux obstacles à la maîtrise de l’épidémie.
Plus de 5 000 cas confirmés
Cette fragilisation intervient au moment où l’épidémie provoquée par le virus Bundibugyo atteint une ampleur sans précédent en RDC. Selon les dernières données disponibles, plus de 5 000 cas confirmés ont été enregistrés et le nombre de décès a atteint 2 378.
La flambée est désormais la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays et s’étend à six provinces. L’Ituri reste son principal foyer. L’OMS décrit une transmission toujours intense, tandis que les difficultés d’accès aux soins, les infrastructures insuffisantes et l’insécurité compliquent la recherche des contacts et la prise en charge rapide des malades.
Dans ce contexte, la protection des agents sanitaires et le rétablissement de la confiance avec les populations deviennent aussi déterminants que les moyens médicaux eux-mêmes. Chaque intervention empêchée peut laisser échapper un cas suspect et rendre plus difficile la rupture des chaînes de transmission.
La Rédaction

