Le Sénat américain a approuvé à une très large majorité la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act jusqu’à fin 2028. Pour Maurice, Madagascar et les autres économies africaines qui dépendent de l’accès préférentiel au marché américain, le signal est fort. Mais le texte ayant été amendé par le Sénat, la Chambre des représentants doit encore se prononcer à nouveau avant une éventuelle promulgation.
À Washington, l’AGOA vient de franchir une étape décisive. Le Sénat a adopté H.R. 6500 par 90 voix contre 6, confirmant le large soutien bipartisan dont bénéficie ce dispositif commercial lancé en 2000 pour accorder un accès préférentiel au marché américain à plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. La Chambre avait déjà adopté une première version du texte le 12 janvier, par 340 voix contre 54.
La nuance procédurale est importante : le dossier ne repart pas de zéro à la Chambre. Celle-ci doit désormais examiner la version modifiée par le Sénat et décider si elle l’accepte. Le registre officiel de la Chambre indique d’ailleurs qu’un message du Sénat concernant H.R. 6500 amendé a bien été reçu.
Maurice défend surtout son industrie textile
Pour Port-Louis, l’enjeu principal concerne le maintien de la disposition dite Third Country Fabric. Celle-ci autorise certains pays bénéficiaires à utiliser des tissus provenant de pays tiers tout en conservant, sous conditions, l’accès préférentiel au marché américain pour les vêtements produits localement. Maurice fait partie des bénéficiaires de ce mécanisme.
Cette flexibilité est particulièrement importante pour une industrie mauricienne de l’habillement qui doit importer une partie de ses intrants et affronter une concurrence asiatique très forte. Une prolongation jusqu’en 2028 offrirait aux fabricants davantage de visibilité pour négocier leurs commandes, investir et maintenir leurs chaînes d’approvisionnement tournées vers les États-Unis.
Madagascar, le Kenya, le Lesotho et l’Eswatini figurent également parmi les économies africaines dont les industries d’habillement ont fortement bénéficié des préférences textiles de l’AGOA.
Washington regarde aussi vers Pékin
Le soutien américain à l’AGOA n’est cependant plus présenté uniquement comme une politique de développement. À la Chambre des représentants, les promoteurs du texte ont explicitement inscrit sa reconduction dans la compétition économique avec la Chine et, dans une moindre mesure, la Russie. Ils mettent en avant la diversification des chaînes d’approvisionnement américaines et l’accès aux minerais critiques africains.
Cette évolution change progressivement la nature politique du dispositif. Pour les pays africains, l’AGOA demeure un outil d’accès au marché américain ; pour Washington, il devient aussi un instrument de positionnement stratégique sur un continent où la Chine conserve une influence commerciale majeure.
Le vote de 90 contre 6 apporte donc à Maurice et aux autres bénéficiaires une visibilité politique précieuse, mais pas encore une certitude juridique. Tout dépend désormais de l’acceptation par la Chambre de la version amendée du Sénat, puis de la promulgation présidentielle. Pour les industriels africains, quelques années supplémentaires d’AGOA offriraient surtout ce qui leur manque depuis l’expiration du régime précédent : un horizon suffisamment stable pour investir et signer des contrats.
La Rédaction
Source : U.S. House of Representatives, dossier législatif H.R. 6500 – AGOA Extension Act ; informations communiquées par la Mauritius-US Business Association.

