Avec Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue confronte deux familles que tout semble opposer dans le New York de la crise financière. D’un côté, des immigrés camerounais convaincus que l’Amérique peut transformer leur existence ; de l’autre, une famille fortunée dont la réussite repose sur un équilibre beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît. À travers elles, la romancière interroge l’argent, l’immigration et le prix à payer pour poursuivre un rêve.
Imbolo Mbue, du Cameroun aux États-Unis
Imbolo Mbue est née en 1981 à Limbé, au Cameroun. Toujours vivante, elle s’installe aux États-Unis pour poursuivre ses études et y développe une œuvre attentive aux migrations, aux inégalités sociales et aux contradictions du modèle américain.
Publié en 2016 sous le titre Behold the Dreamers, Voici venir les rêveurs est son premier roman. Le livre rencontre un important succès international et reçoit notamment le PEN/Faulkner Award for Fiction en 2017.
Deux familles dans le même New York
Avec Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue suit Jende Jonga, immigré camerounais installé à Harlem avec son épouse Neni et leur fils.
Jende obtient un emploi de chauffeur auprès de Clark Edwards, cadre supérieur de la banque Lehman Brothers. Pour le Camerounais, ce travail représente une chance exceptionnelle : un salaire stable, une proximité avec les privilégiés et peut-être la possibilité de construire enfin l’existence américaine dont sa famille rêve.
Mais derrière l’apparente réussite des Edwards se cachent des tensions conjugales, des frustrations et une profonde solitude. Les Jonga découvrent progressivement que l’argent ne protège ni du malheur ni de l’effondrement.
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Quand Wall Street vacille
L’histoire prend une autre dimension avec la crise financière de 2008 et la faillite de Lehman Brothers.
Le monde que Jende croyait solide se révèle soudain extrêmement fragile. Ceux qui semblaient contrôler l’économie peuvent perdre leur position, tandis que les immigrés précaires subissent immédiatement les conséquences de décisions prises très loin d’eux.
Imbolo Mbue observe ainsi la crise depuis les deux extrémités de l’échelle sociale. Les Edwards craignent de perdre leur statut ; les Jonga risquent, eux, de perdre la possibilité même de rester aux États-Unis.
Cette différence rappelle que tous peuvent connaître la peur du déclassement, mais que tous ne disposent pas des mêmes protections pour y faire face.
Le rêve américain mis à l’épreuve
Au début du roman, l’Amérique représente pour Jende une promesse presque évidente : travailler dur devrait permettre de réussir.
Peu à peu, cette conviction se fissure. Les démarches administratives, l’incertitude liée à son statut migratoire et les difficultés économiques révèlent un système dans lequel l’effort ne garantit pas toujours la réussite.
Neni nourrit pourtant ses propres ambitions. Elle étudie, souhaite devenir pharmacienne et voit les États-Unis comme le lieu où elle pourra accomplir ce qu’elle n’aurait peut-être pas pu réaliser ailleurs.
Le couple se retrouve alors devant une question inattendue : faut-il continuer à poursuivre un rêve lorsqu’il commence à détruire ce que l’on voulait justement améliorer ?
Réussir, mais à quel prix ?
C’est là que le roman dépasse le simple récit d’immigration.
Imbolo Mbue confronte différentes définitions de la réussite. Pour certains, elle signifie l’argent et le statut social. Pour d’autres, la sécurité familiale, la dignité ou simplement la possibilité de choisir sa vie.
Les Jonga et les Edwards découvrent chacun à leur manière que posséder davantage ne signifie pas nécessairement vivre mieux.
La romancière évite ainsi de présenter l’Amérique comme un paradis ou comme une illusion totale. Elle montre plutôt un pays capable d’offrir des possibilités considérables, mais également traversé par de profondes inégalités.
Avec Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue raconte l’Amérique depuis ceux qui la désirent autant que depuis ceux qui semblent déjà l’avoir conquise.
En rapprochant une famille camerounaise précaire et une famille new-yorkaise privilégiée au moment de la crise financière, elle montre combien la réussite peut être fragile et combien le rêve américain possède un prix différent selon celui qui tente de l’atteindre.
Le roman pose finalement une question simple et universelle : qu’est-ce qu’une vie réussie ? La réponse d’Imbolo Mbue ne se trouve peut-être ni dans Wall Street ni dans la richesse, mais dans la liberté de déterminer soi-même ce qui mérite d’être poursuivi.
La Rédaction
Références littéraires
- Voici venir les rêveurs d’Imbolo Mbue — immigration, argent et rêve américain
- Combien de lunes d’Imbolo Mbue — environnement, pouvoir économique et communauté
- Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie — immigration africaine, identité et société américaine
- No Home de Yaa Gyasi — famille, migration et quête d’appartenance

