Un carburant distribué par les circuits légaux ne devra plus pouvoir se confondre avec un produit détourné, frelaté ou introduit frauduleusement sur le marché. Le Togo généralise un système de traçabilité fondé sur une signature chimique invisible, destinée à suivre les hydrocarbures depuis leur chargement jusqu’aux points de vente.
Déployé officiellement vendredi 31 juillet à Lomé, le dispositif doit renforcer la surveillance d’un secteur exposé à la contrebande, aux mélanges frauduleux et aux détournements de produits pétroliers.
La réforme est conduite par le ministère de l’Économie et de la Veille stratégique, dans le cadre d’un partenariat entre l’État et SICPA SA Togo, spécialisée dans l’authentification et la traçabilité des produits sensibles.
Une identité invisible pour les carburants
Lors du chargement des camions-citernes à la Société togolaise d’entreposage, une substance chimique est ajoutée aux produits pétroliers. Invisible à l’œil nu, elle doit permettre de reconnaître le carburant issu du circuit officiel sans modifier ses propriétés ni présenter de risque pour l’environnement.
Des appareils portables pourront ensuite détecter cette signature au dépôt, dans les stations-service ou lors de contrôles routiers. Les agents seront ainsi en mesure de vérifier rapidement l’origine du produit et de repérer une éventuelle dilution, substitution ou altération.
Les données recueillies seront centralisées sur une plateforme chargée de suivre les opérations de marquage, les mouvements de carburant et les résultats des inspections.
Près de 500 contrôles chaque mois
Le programme prévoit environ 500 vérifications mensuelles sur l’ensemble de la chaîne de distribution. Les produits présentant des concentrations anormales ou ne portant pas le marqueur attendu pourront faire l’objet d’investigations et des procédures prévues par la réglementation.
L’enjeu est de rendre plus difficile la dissimulation des circuits parallèles. Un produit suspect pourra être comparé aux données enregistrées afin de déterminer s’il provient d’un dépôt autorisé, s’il a été détourné ou si sa composition a été modifiée.
Cette traçabilité doit également mieux protéger les consommateurs contre des carburants dont la qualité pourrait endommager les véhicules ou présenter des risques supplémentaires.
Une réforme également fiscale
La lutte contre la fraude pétrolière concerne aussi les recettes publiques. Les détournements, les importations clandestines et les ventes non déclarées privent l’État de droits et de taxes normalement dus.
Le gouvernement s’appuie sur les résultats du Système automatisé de marquage, déjà appliqué à plusieurs produits de consommation. Entre 2020 et 2025, ce mécanisme aurait permis de mobiliser environ 35,8 milliards de FCFA de recettes fiscales supplémentaires.
Une phase pilote conduite sur le gazole industriel aurait également entraîné une progression de 8 % des recettes concernées.
Avec l’extension du dispositif aux carburants, le Togo cherche donc à agir simultanément sur la qualité des produits, la transparence de la distribution et la mobilisation des ressources publiques. Son efficacité dépendra désormais de la régularité des contrôles, de la fiabilité des analyses et de l’application effective des sanctions lorsque des anomalies seront constatées.
La Rédaction

