Autoriser un médicament, contrôler sa qualité, surveiller sa circulation et retirer rapidement les produits dangereux : le Togo veut renforcer chaque maillon de cette chaîne de sécurité. La création envisagée d’une autorité pharmaceutique autonome doit permettre au pays de mieux protéger les patients contre les traitements falsifiés, sous-dosés ou commercialisés hors des circuits réglementés.
La lutte contre les faux médicaments ne peut pas reposer uniquement sur des opérations ponctuelles de saisie. Elle exige une surveillance permanente du marché, des laboratoires capables d’évaluer les produits et une institution disposant d’une véritable autonomie d’action.
C’est dans cette perspective que le Togo finalise le cadre juridique de sa future Agence togolaise de régulation pharmaceutique. Le projet de décret portant création de cette structure fait l’objet d’un examen approfondi à Kpalimé par une quarantaine d’acteurs du secteur sanitaire et pharmaceutique.
Surveiller toute la chaîne du médicament
La future agence devrait reprendre et renforcer plusieurs fonctions aujourd’hui exercées dans le cadre de l’administration sanitaire. Elle devra notamment encadrer l’autorisation des médicaments, contrôler leur qualité et veiller au respect des règles applicables à leur importation, leur distribution et leur commercialisation.
L’objectif est d’éviter qu’un produit insuffisamment contrôlé puisse parvenir jusqu’aux pharmacies, aux établissements de santé ou aux patients.
Le dispositif doit aussi permettre une réaction plus rapide lorsqu’un médicament présente un risque, fait l’objet d’une alerte ou circule en dehors des canaux autorisés.
Passer à une régulation plus autonome
La création d’une autorité dotée de la personnalité juridique répond à une orientation régionale encourageant les États à dépasser les limites d’une régulation exercée uniquement par des directions ministérielles.
Une structure spécialisée doit pouvoir mobiliser durablement les compétences scientifiques, juridiques et techniques nécessaires au suivi d’un marché pharmaceutique devenu plus complexe.
Cette réforme prolonge les engagements pris dans le cadre de l’Initiative de Lomé, lancée en janvier 2020 pour renforcer la lutte contre les médicaments falsifiés et de qualité inférieure.
Une responsabilité appelée à devenir régionale
La consolidation du dispositif national intervient alors que le Togo doit prendre, en janvier 2027, la direction générale de l’Organisation ouest-africaine de la santé pour un mandat de quatre ans.
La lutte contre les produits médicaux falsifiés devrait figurer parmi les priorités de cette gouvernance. Le pays devra donc disposer, sur son propre territoire, d’un système de régulation suffisamment solide pour soutenir ses ambitions à l’échelle communautaire.
Les travaux menés à Kpalimé doivent également contribuer à préparer cette responsabilité régionale. Ils bénéficient de l’accompagnement de la Fondation Brazzaville, partenaire du Togo dans la lutte contre les faux médicaments.
La création de l’agence ne constituera toutefois qu’une première étape. Son efficacité dépendra des moyens qui lui seront accordés, de son indépendance opérationnelle et de sa capacité à exercer des contrôles réguliers sur l’ensemble du marché. Pour les patients, l’enjeu reste concret : pouvoir utiliser un médicament dont l’origine, la composition et la qualité ont été rigoureusement vérifiées.
La Rédaction

