Alors qu’un réchauffement diplomatique laissait entrevoir une reprise prochaine des échanges entre le Bénin et le Niger, le processus de réouverture de leur frontière commune marque le pas. Les autorités nigériennes subordonnent désormais toute avancée à plusieurs conditions, mêlant préoccupations sécuritaires et contentieux judiciaires. Une position qui révèle que, trois ans après le début de la crise, la confiance reste loin d’être rétablie.
La sécurité au cœur des négociations
Les rencontres organisées ces dernières semaines entre représentants béninois et nigériens avaient nourri l’espoir d’une normalisation progressive des relations entre les deux pays. Pourtant, la frontière demeure fermée.
Le président de la transition nigérienne, le général Abdourahamane Tiani, a confirmé que Niamey n’envisageait aucune réouverture sans règlement préalable de plusieurs dossiers jugés sensibles. Pour les autorités nigériennes, les garanties sécuritaires constituent désormais la priorité.
Selon plusieurs informations concordantes, le Niger souhaite notamment que les forces étrangères qu’il soupçonne d’être déployées dans le nord du Bénin soient éloignées de sa frontière. Une accusation que Cotonou a toujours rejetée, affirmant qu’aucune présence militaire étrangère ne menace son voisin.
Le dossier judiciaire complique le dialogue
Au-delà des questions sécuritaires, Niamey entend également obtenir des avancées sur un dossier judiciaire devenu symbolique.
Les autorités nigériennes demandent l’effacement des condamnations prononcées contre plusieurs de leurs fonctionnaires, dont une responsable de la West African Oil Pipeline Company (WAPCo Niger), condamnée en 2024 par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Si les personnes concernées ont regagné le Niger depuis cette affaire, Niamey souhaite désormais que leurs condamnations soient officiellement effacées.
Cette demande élargit les négociations à des questions de souveraineté judiciaire, rendant tout compromis plus délicat.
Une reprise toujours suspendue
Avant ces nouvelles exigences, les experts des deux pays envisageaient une réouverture progressive de la frontière, d’abord pour les voyageurs et les marchandises en vrac, puis pour le trafic des conteneurs.
Ce calendrier apparaît désormais compromis. Aucune communication officielle ne permet de savoir si Cotonou a répondu aux observations transmises par Niamey, et les autorités béninoises restent discrètes sur l’évolution des discussions.
Au-delà de l’enjeu diplomatique, cette fermeture prolongée continue de peser sur les échanges commerciaux, les activités des transporteurs et les populations vivant de part et d’autre de cette frontière stratégique. Elle rappelle surtout que le rétablissement de relations apaisées entre le Bénin et le Niger dépend désormais autant de la confiance politique que de la résolution de dossiers sécuritaires et judiciaires particulièrement sensibles.
La Rédaction

