De retour de sa visite d’État en France, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema réaffirme son ambition de redéfinir les relations entre l’Afrique et les pays industrialisés. Pour Libreville, les États qui protègent les grandes forêts tropicales ne doivent plus être de simples bénéficiaires d’aides internationales, mais être rémunérés pour les services environnementaux qu’ils rendent à la planète.
Une diplomatie climatique fondée sur la souveraineté
À l’occasion de son récent déplacement à Paris, Brice Clotaire Oligui Nguema a placé la justice climatique au cœur de son message diplomatique. Dans un entretien accordé au Figaro, le chef de l’État gabonais a estimé que le modèle actuel des relations entre les pays forestiers et les nations industrialisées devait évoluer.
Selon lui, les États qui contribuent à préserver les grands puits de carbone mondiaux ne peuvent continuer à supporter seuls le coût de cette responsabilité.
« Il faut préserver les forêts. Mais à quel prix ? Il faut qu’on nous paye, parce que c’est vous qui polluez. Ce ne sont pas les Africains qui polluent », a déclaré le président gabonais.
À travers cette prise de position, Libreville ne revendique pas une aide supplémentaire, mais la reconnaissance économique d’un service environnemental rendu à l’ensemble de la communauté internationale.
Préserver les forêts sans renoncer au développement
Avec près de 88 % de son territoire couvert de forêts, le Gabon figure parmi les rares pays au monde dont les écosystèmes absorbent davantage de dioxyde de carbone qu’ils n’en émettent. Cette richesse écologique fait du pays un acteur stratégique dans la lutte contre le changement climatique.
Pour Brice Oligui Nguema, cette situation ne doit toutefois pas empêcher le Gabon de poursuivre son industrialisation et d’améliorer les conditions de vie de sa population.
Le président rappelle que la conservation des forêts représente un coût économique important, en limitant notamment certaines activités forestières, minières ou agricoles. Il appelle ainsi à trouver un équilibre entre les exigences environnementales mondiales et les besoins de développement des pays africains.
Transformer le capital naturel en levier économique
Au-delà du plaidoyer diplomatique, le Gabon entend faire de ses ressources naturelles un moteur de son développement.
Cette stratégie passe notamment par la transformation locale de ses matières premières, à l’image du manganèse, dont les exportations sous forme brute doivent cesser à partir de 2029. L’objectif est également de développer une économie verte capable de valoriser durablement les ressources forestières sans compromettre leur préservation.
Pour Libreville, la protection des forêts ne doit plus être perçue comme une contrainte freinant l’économie, mais comme un actif stratégique susceptible de générer des revenus à travers des mécanismes internationaux de rémunération des services environnementaux et des marchés du carbone.
Des engagements financiers encore attendus
Le Gabon s’appuie sur plusieurs initiatives destinées à financer cette transition.
L’« Appel de Belém pour les forêts du Bassin du Congo », lancé avec le soutien de la France, prévoit un engagement de 2,5 milliards d’euros en faveur de la conservation de ce massif forestier. Libreville porte également le projet du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo, qui ambitionne de mobiliser plus de 5 milliards de dollars pour financer des infrastructures durables, soutenir les communautés locales et renforcer la protection des écosystèmes.
Le pays mise aussi sur le développement des marchés volontaires du carbone afin de valoriser les crédits carbone issus de la préservation de ses forêts, même si leur pleine mise en œuvre dépend encore de l’évolution des règles internationales.
Le Bassin du Congo au cœur des relations avec la France
La protection des forêts a constitué l’un des principaux dossiers abordés lors de la visite d’État de Brice Oligui Nguema en France, aux côtés de la coopération économique, du secteur minier, du Transgabonais et des questions de défense.
En faisant du Bassin du Congo un enjeu diplomatique majeur, le président gabonais entend positionner son pays comme l’un des principaux porte-voix des États forestiers africains. Son objectif est d’obtenir une reconnaissance financière plus importante du rôle joué par ces forêts dans la régulation du climat mondial.
Pour Libreville, la justice climatique ne pourra être pleinement atteinte que lorsque les pays qui contribuent à préserver les grands équilibres environnementaux de la planète seront rémunérés à la hauteur de leur contribution.
La Rédaction

