La désignation de Bassirou Diomaye Faye à la présidence en exercice de la Cédéao place Dakar au premier rang d’une séquence décisive pour l’Afrique de l’Ouest. Entre progression de la menace terroriste, recul de l’intégration politique et relations difficiles avec les pays de l’Alliance des États du Sahel, le chef de l’État sénégalais hérite d’une organisation contrainte de redéfinir son rôle et ses priorités.
Un passage de relais hautement politique
Réunis à Lungi, en Sierra Leone, pour la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, les dirigeants ouest-africains ont confié la direction tournante de la Cédéao à Bassirou Diomaye Faye. Le président sénégalais succède à Julius Maada Bio, arrivé au terme de son mandat annuel.
Cette désignation dépasse le caractère protocolaire d’une alternance institutionnelle. Elle intervient alors que l’organisation régionale traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire, marquée par la recomposition politique du Sahel, la persistance des coups d’État et l’extension des violences armées vers les pays côtiers.
Bassirou Diomaye Faye connaît déjà ce dossier. En 2024, la Cédéao l’avait désigné comme facilitateur dans les discussions avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, aux côtés du Togo. Cette expérience lui confère une position particulière pour tenter de maintenir des canaux de dialogue avec les États désormais réunis au sein de l’AES.
Réconcilier sécurité et légitimité
Le premier défi du nouveau président en exercice sera sécuritaire. Les groupes djihadistes ont consolidé leur présence dans plusieurs espaces frontaliers, tandis que les armées nationales peinent à coordonner leurs réponses au-delà des cadres bilatéraux.
Dakar défend notamment l’opérationnalisation de la Force régionale de lutte contre le terrorisme, une ambition qui suppose de résoudre plusieurs difficultés : le financement, le commandement, le partage du renseignement et l’engagement effectif des États membres.
Mais une réponse strictement militaire ne suffira pas. La Cédéao doit également restaurer sa crédibilité auprès de populations qui lui reprochent parfois d’intervenir rapidement lors des crises institutionnelles, sans produire les mêmes résultats face au chômage, à la vie chère, aux déplacements forcés ou à la dégradation des services publics.
Le sommet de Lungi a précisément été consacré aux décisions relatives à la paix, à la démocratie, à la croissance économique et à l’intégration régionale, dans un contexte où les attentes sociales envers l’organisation se renforcent. CECOWAS MID-YEAR SUMMIT 2026
Le Sénégal renforce son poids institutionnel
La présidence de Bassirou Diomaye Faye coïncide avec une autre avancée diplomatique importante pour Dakar. Le Sénégal doit également prendre, pour la période 2026-2030, la présidence de la Commission de la Cédéao, l’organe exécutif chargé de mettre en œuvre les décisions communautaires. Cette responsabilité doit revenir au général Birame Diop, choisi pour succéder à Omar Alieu Touray.
Cette double présence au sommet de l’architecture communautaire renforce l’influence du Sénégal, mais accroît aussi sa responsabilité. Dakar devra démontrer que cette position institutionnelle peut produire des avancées concrètes, sans donner l’impression d’une concentration excessive du pouvoir régional.
L’enjeu sera notamment d’accélérer le commerce entre les États membres, de renforcer le marché régional de l’énergie, de faire progresser l’intégration numérique et de réduire la dépendance financière de la Cédéao envers ses partenaires extérieurs.
Une présidence sous le signe du dialogue
Le profil de Bassirou Diomaye Faye peut favoriser une méthode davantage fondée sur la médiation. Depuis son arrivée au pouvoir en 2024, le président sénégalais défend une diplomatie de souveraineté, tout en maintenant le dialogue avec les partenaires traditionnels et les voisins sahéliens.
Cette ligne pourrait lui permettre d’éviter une confrontation permanente entre la Cédéao et l’AES. La rupture institutionnelle est déjà profonde, mais les économies, les populations et les territoires restent interdépendants. Les corridors commerciaux, les migrations, les réseaux énergétiques et les enjeux sécuritaires rendent impossible une séparation complète entre les deux ensembles.
La mission confiée au dirigeant sénégalais consiste donc moins à administrer une organisation stabilisée qu’à empêcher une fragmentation durable de l’Afrique de l’Ouest. Son mandat sera jugé sur sa capacité à rapprocher les positions, à donner un contenu concret à l’intégration et à replacer la Cédéao au service des populations.
La Rédaction

