Trois jours après la signature d’une convention de partenariat entre le Conseil régional de la Kara et l’Assemblée de Mayotte, l’enjeu se déplace du cérémonial vers l’exécution. Développement économique, formation, environnement, santé ou tourisme : les deux collectivités disposent désormais d’un cadre étendu de coopération. Reste à convertir cette architecture institutionnelle en réalisations mesurables pour les populations.
La coopération entre la région de la Kara et Mayotte entre dans une phase plus structurée. Signée le 17 juillet au Palais des congrès de Kara, la convention de partenariat et d’entente interrégionale ne constitue pas seulement un nouveau rapprochement institutionnel. Elle traduit l’ambition du Conseil régional de s’ouvrir à des partenaires extérieurs pour renforcer ses capacités et soutenir ses propres priorités de développement.
L’accord porte les signatures de Bakèm Téba Blakinam, président du Conseil régional de la Kara, et de Ben Issa Ousseni, président de l’Assemblée de Mayotte. Il prolonge un dialogue engagé en juillet 2025, lorsque les deux collectivités avaient commencé à identifier des domaines communs de coopération autour de la culture, du tourisme, de l’environnement, du climat, de l’éducation, de la jeunesse et des transports.
Un an plus tard, cette phase exploratoire débouche sur un cadre couvrant sept secteurs : la planification territoriale, le développement économique local, la santé et l’action sociale, la protection de l’environnement, la gouvernance locale, l’éducation et la formation, ainsi que la culture, le sport, le tourisme et les loisirs.
La région de la Kara à l’épreuve de l’action extérieure
La portée de cet accord dépasse la seule relation entre deux institutions. Elle révèle une évolution du rôle assigné aux collectivités territoriales togolaises. Celles-ci ne sont plus seulement appelées à administrer des services de proximité ; elles cherchent également à mobiliser de l’expertise, des financements et des partenariats au-delà du cadre national.
Pour la région de la Kara, cette ouverture peut offrir des leviers supplémentaires dans des domaines où les besoins exigent des compétences techniques, une ingénierie de projet et des ressources que les collectivités ne possèdent pas toujours seules.
Mayotte présente, de son côté, des défis territoriaux comparables en matière d’aménagement, d’insertion économique, de services sociaux et de gestion environnementale. Ce rapprochement repose donc moins sur une logique d’assistance que sur la recherche d’expériences transférables et de solutions adaptées à des territoires confrontés à des contraintes de développement parfois similaires.
Le véritable intérêt de la convention résidera ainsi dans sa capacité à faire émerger des programmes conjoints, plutôt que dans la seule multiplication des échanges institutionnels.
Des jumelages prolongés jusqu’en 2032
La rencontre de Kara a également permis de renouveler les accords de jumelage entre Mamoudzou et les communes togolaises de Kloto 1 et d’Agoè-Nyivé 2. Les nouveaux engagements couvrent la période allant de juillet 2026 à mars 2032, conformément à une délibération adoptée par le conseil municipal de Mamoudzou le 5 juin. (Site officiel de la Ville de Mamoudzou)
Ces relations avaient été officiellement nouées en 2022 afin de favoriser la coopération dans plusieurs domaines, notamment l’assainissement, les échanges scolaires et le développement économique local.
Leur renouvellement apporte une continuité à des initiatives déjà engagées dans le maraîchage, la pisciculture, l’agroécologie et le tourisme. Les responsables des communes concernées mettent en avant les effets produits sur certaines communautés bénéficiaires, même si la nouvelle période devra permettre de mieux mesurer l’ampleur des résultats et leur pérennité.
Du cadre général aux projets financés
La convention offre une architecture particulièrement large. Cette diversité peut constituer une force, mais elle comporte également un risque de dispersion. Sans hiérarchisation des priorités, financement clairement identifié et mécanisme commun de suivi, les sept domaines de coopération pourraient demeurer au stade des intentions.
Les prochaines étapes seront donc décisives. Les deux collectivités devront sélectionner des projets capables de répondre à des besoins précis, définir les responsabilités de chaque partenaire et mettre en place des indicateurs permettant d’en apprécier les effets.
La coopération décentralisée ne produit en effet de valeur que lorsqu’elle améliore concrètement les services, les infrastructures ou les perspectives économiques des territoires concernés. Pour Kara, l’accord conclu avec Mayotte devient dès lors un test : celui de la capacité d’une institution régionale récente à utiliser ses relations extérieures comme un instrument de développement.
Plus qu’un nouveau partenariat protocolaire, cette convention pourrait ainsi marquer l’entrée de la région de la Kara dans une diplomatie territoriale plus active. Son succès ne sera toutefois pas jugé au nombre de domaines inscrits dans le document, mais aux projets qui prendront effectivement forme au cours des prochaines années.
La Rédaction

